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Têtes hautes, mains propres, marchons…


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Disons le tout de go. Les revendications bruyantes des habitants d’Al Hoceima et celles plus silencieuses et respectueuses d’une grande partie des marocains d’autres régions sont parfaitement, pleinement, totalement légitimes et doivent être entendues. Certes, elles ne sont parfois pas bien présentées et font peut-être abstraction de certaines réalités économiques, bien trop souvent, elles sont accompagnées d’actes inadmissibles comme en dernier lieu, la brutale interruption de la prière hebdomadaire et l’utilisation d’un lieu de culte et de spiritualité pour régler des comptes purement matériels.

Il nous faut l’entendre puisque nous l’avons voulu ainsi, la religion est parfois le dernier refuge, l’ultime réconfort des sans-grades et des laissés-pour-compte, le monde arabe et le Maroc en particulier en est une parfaite illustration. Des mosquées sont bâties partout, de petites mosquées, de grandes mosquées et des mosquées grandioses comme la mosquée Bouteflika à Alger. Les aéroports, les gares, les stations-services, les administrations publiques, les entreprises privées, les cafés partout des mosquées ou des salles de prière. Impossible pour celui qui ressent l’impérieux besoin de la génuflexion de ne pas trouver une mosquée à proximité.

Et c’est tant mieux. Il est utile pour une société que la soif de spiritualité ou le désir d’éternité de ses membres puisse être épanchée. Si seulement nous pouvions également mettre à l’ordre du jour d’épancher également les besoins moins métaphysiques de nos concitoyens, alors certainement les mosquées ne serviraient à rien d’autre qu’à ce pourquoi elles ont été construites, rendre hommage au Maître absolu des mondes.

Il semble malheureusement que les Mosquées doivent encore quelques temps sévir parfois à éduquer, à soigner et à rendre la justice et souvent à faire de la basse politique et à promouvoir ou contester l’ordre établi. En effet, et à l’image de ce que la malheureuse petite Idya a vécu, difficile de trouver un hôpital digne de ce nom à proximité si l’on n’habite pas une grande ville. Et encore, bien souvent l’accès aux hôpitaux et aux cliniques de ces grandes villes est financièrement impossible à la plupart de nos concitoyens.

Les écoles et l’accès à l’éducation est aussi très difficile surtout dans les zones rurales qui constituent pourtant une grande partie de notre territoire et abrite une part importante de notre population. Je ne parle pas même ici de l’accès à une éducation et à des écoles de qualité. Juste d’un semblant d’école sans sanitaires ni bibliothèques…une à deux salles rectangulaires juxtaposées, lieux d’adoration du déterminisme social et temples dédiés à la reproduction des sans-grades.

Il en va de même en ce qui concerne la justice, les justiciables ont souvent fort à faire pour se voir rendre justice. Ainsi et pour la petite histoire, un commerçant tangérois qui souhaiterait faire appel d’un jugement rendu par le tribunal de commerce de Tanger doit se déplacer à Fès. Pas de Cour d’appel de commerce à Tanger, ni dans la région. Faut aller à Fès à plus de 5 heures de route. Et quand bien même des tribunaux existent à proximité, il reste encore parfois difficile malgré les progrès constatés de qualifier ce qui en sort de justice.

Et ce n’est pas toujours de la responsabilité des magistrats et des avocats qui participent du service public de la justice, non c’est souvent encore le fait de législations archaïques et parfois de citoyens qui, écœurés par une corruption que pourtant ils alimentent, ne croient plus qu’en la loi du talion.

L’unité d’un pays, d’une nation moderne ne se décrète pas, pas plus que sa division ne peut être proclamée ou utilement alimentée de l’étranger. L’unité d’une nation moderne se construit. Sans égalité de toutes et tous, sans solidarité entre toutes les régions et toutes les classes sociales, sans liberté de pensée et de conscience, rien de durable ne peut être construit. Et surtout sans la croyance partagée en un avenir commun meilleur, il ne peut y avoir d’unité durable et véritable.

Et c’est en cet avenir commun meilleur auquel les marocains doivent pouvoir croire. C’est cette confiance entre citoyens d’une part et entre les citoyens et l’administration qu’il faut urgemment, impérativement établir. Certes, et comme le dit la banque mondiale « au cours des quinze dernières années, le Maroc a réalisé des avancées incontestables, tant sur le plan économique et social que sur celui des libertés individuelles et des droits civiques et politiques ».

Mais comme le dit également cette institution, nous sommes encore loin du compte et beaucoup reste encore à faire pour ériger un Maroc moderne et inclusif. Chacun devra y prendre sa part et j’ai la naïveté de croire qu’une très grande partie des marocains, qui n’aspirent ni au repos ni au chaos, est prête à une nouvelle marche derrière son Roi. Une marche non plus pour assurer l’intégrité territoriale du royaume mais cette fois-ci pour réaliser un triple miracle : éducatif, économique et judiciaire.

Il n’y a pas à aller chercher bien loin les ressorts des tels miracles, puisque nous avons des Mosquées partout et que pour le Livre rien n’importe plus au créateur que l’éthique du travail, les plus hautes valeurs personnelles et les grandes vertus collectives. Et comment une société qui se revendique du Livre peut-elle accepter l’analphabétisme, les inégalités sociales, la corruption et le cortège de maux et d’abominations qui en résulte ?

Si elle est honnête, elle ne le peut pas et c’est pour cela que ces miracles doivent avoir lieu, que ces miracles auront lieu. Les marcheurs sont prêts et attendent chacun en ce qui le concerne l’ordre de mobilisation ad augusta per angusta. Et si nous ne marchons pas vers ces miracles je crains qu’il ne nous faille un jour courir ou nager pour participer aux miracles que d’autres ont accompli ailleurs.


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