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Takfirisme et introduction du racisme anti-religieux dans l’institution parlementaire


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Invités : Moulay Abdellah Cherif Ouazzani, chroniqueur Luxe Radio chargé des questions religieuses, Michèle Zirari Devif, juriste, Fanny Mergui, militante associative, Sion Assidon, militant des Droits Humains et Mehdi Lahlou, professeur universitaire

Le racisme s’est démultiplié. À l’image d’une poupée gigogne, un racisme en cache un autre. Et contrairement aux apparences, le racisme n’est pas spécifique. Le racisme est, au fait, général. Le racisme naît de la généralisation. L’idée que toutes les personnes ayant un dénominateur commun, soit-il une couleur, une origine, un âge ou autre, tous se valent.

Et si, avant, le mot racisme se suffisait à lui-même, il devient aujourd’hui pratiquement indispensable de l’associer à sa cible. Racisme anti-noirs, racisme anti-blancs, racisme anti-pauvres et racisme anti-riches, racisme anti-jeunes et racisme anti-vieux ; il y a désormais du racisme partout et contre tout. Faut-il, au final, combattre les jeunes ou les vieux, les pauvres ou les riches, les blancs ou les noirs, les racistes ou les cibles du racisme, tout ou son contraire ? C’est à s’y perdre. C’est à croire qu’au final, ce n’est plus le racisme qui est à combattre mais les cibles du racisme.

Cet après-midi, nous avons choisi de nous intéresser au cas du racisme anti-religion. La question est ici posée dans les mêmes termes, dans le sens où ce sont autant les religions que leur absence qui sont combattues. Musulmans, juifs, chrétiens, comme athées ; par un jeu de rôle aussi vicieux qu’incompréhensible, tous sont, tour à tour, racistes et cibles de racisme.

Sauf que l’enjeu est plus grand et les conséquences plus graves. Si dans le cas du racisme anti-pauvres, anti-riches, anti-femmes ou anti-hommes l’enjeu est une discrimination des uns en faveur des autres en matière d’accès à l’emploi notamment ou d’équité salariale ou de juste répartition des richesses, dans le cas du racisme anti-religions, c’est le droit de l’autre à l’existence-même, qui est en question.

Le choix de ce débat est dans un sens imposé par l’actualité. Triste actualité de crimes commis un peu partout à travers le monde au nom de l’islam. Triste actualité source de tous les amalgames et origine d’une peur folle, d’une phobie désormais quasi-systématiquement accolée à l’évocation  même de l’islam, alors que dire de l’appartenance à l’islam…

Pire encore, depuis le début des années 2000 à ce jour, la question a fortement évolué. Elle a évolué du simple ressenti individuel, à une sorte de critique organisée, collective, générale et généralisée, aidée dans cette dangereuse évolution par un discours politique s’appropriant de plus en plus la question de la religion, en ignorant ou, tout au contraire, en préméditant de lui desservir.

Un abus de langage s’est également mêlé de la question au point de l’aggraver au pire, ou de la banaliser, au mieux. Ainsi, notre vocabulaire compte-t-il désormais des expressions comme islamophobie ou encore judéophobie, portant des connotations de rejet par peur, respectivement en lieu et place des expressions racisme antimusulmans ou encore racisme antijuifs ayant, elles, des connotations de rejet haineux. Le refus de l’existence d’une religion ne devient ainsi plus un racisme mais une phobie. Ce qui n’est pas pour déplaire à une lexicologie sans cesse en quête de nouveau.

La politique s’en mêle, la sémantique s’en mêle, alors pourquoi pas les religieux eux-mêmes ?

En temps dit normal, et plus particulièrement pas ces temps de campagne électorale, la frontière entre politique et religion est de plus en plus difficile à percevoir. Preuve s’il en fallait une de plus ou de trop, ces appels à la haine contenus dans des discours de prédication religieuse, souvent à caractère salafiste, et se propageant comme une trainée de poudre à travers des vidéos, profitant d’une invention ingénieuse sans appartenance religieuse, appelée réseaux sociaux. Le discours est franc, violent et se permettant la libre interprétation de textes religieux pour appeler au pire.

Le monde a cédé au binarisme des religions. Comment, pourquoi et au nom de quoi en sommes-nous arrivés là ? Que dit la loi ? Que dit la constitution ? L’emprunt sémantique qualifiant le racisme de phobie, est-il innocent ? Comment au Maroc se traduit et se vit le racisme religieux, envers à la fois, des femmes voilées se voyant interdire l’accès à des lieux publics, comme envers des femmes plus légèrement vêtues se voyant pratiquement privées du droit de se dire musulmanes ? C’est le débat que nous ouvrons cet après-midi avec nos invités dans Avec Ou Sans Parure.


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