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Quelles suites pour les élections du 7 octobre ?


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Elles ont finalement eu lieu et, sans étonnement excessif, c’est le PJD qui rempilera pour un second mandat, ayant remporté la première position avec 125 élus sur 395. De même que sans surprise, le PAM arrive deuxième, avec 102 sièges. Ce qui était imprévu, en revanche, est l’effondrement des autres partis, presque tous, puisque pour l’UC qui s’est maintenue, la chute remonte à bien plus longtemps.

Le gouvernement changera donc, mais pas seulement lui. Il est à attendre des soubresauts dans les états-majors des partis car ce scrutin, malgré ce qu’on en a dit ici et là, a permis de refléter la réalité du champ politique, désormais bipolarisé entre PJD et PAM, mais il a aussi émietté d’anciens grands partis devenus subitement petits, et des petits partis qui le restent. Ce qui pose le problème des multiples scénarios pour la formation de notre prochain gouvernement.

1/ les directions des partis politiques.

Commençons par le RNI… Le Bureau politique s’est réuni en urgence dimanche 9 au soir, et il semblerait que de rudes reproches aient été adressés au président Mezouar pour les élections de vendredi, ce qui l’a conduit à présenter sa démission. Celle-ci a été rejetée par le Bureau politique dont les membres se sont ravisés, mais Mezouar tient bon et veut aller à un Congrès extraordinaire à la fin de l’année.

Au PPS, il faudra s’attendre à des remous car le Secrétaire général Nabil Benabdallah a fait l’objet d’un communiqué incendiaire et que selon des informations non démenties par l’intéressé, le roi ne l’a pas salué lors du dernier Conseil de ministres tenu fin septembre. Cela en dit long sur son avenir. Le parti s’est effondré au parlement, passant de 21 sièges à la moitié, 12 seulement. Benabdallah pourrait en payer le prix fort en étant poussé vers la sortie plus tôt que prévu.

À l’USFP, il en va de même parce qu’aujourd’hui, l’ambiance est lugubre dans un parti qui n’en finit pas se déliter depuis l’accession de Driss Lachgar à sa tête. Aux élections de vendredi dernier, le nombre de ses députés est passé de 42 à 20, sauvant in extremis le groupe USFP, mais il n’est pas sûr que cela sauve Driss Lachgar, contre lequel une campagne sur les réseaux a déjà démarré.

Pour l’UC, les choses ont commencé voici une quinzaine de jours déjà, avec le départ d’Anouar Zyne, l’étoile montante du parti et ancien candidat au Secrétariat général, finalement remporté par l’homme providentiel Mohamed Sajid, venu d’on ne sait où puisque quelques jours seulement avant son élection, il n’était pas candidat. Avec Anouar Zyne, l’UC perd le peu de crédibilité qui lui restait.

À la Fédération de la Gauche démocratique, Nabila Mounib perd sa deuxième élection en un an. Dans la logique de gauche, empreinte du culte de l’onction populaire qui passe par l’élection, il lui sera difficile de se maintenir en fonction.

Au PAM, enfin, dont l’acte de décès avait été établi pour le 7 octobre, dans le cas où il aurait obtenu de mauvais résultats, Ilyas El Omari a sauvé sa tête. Avec 107 voix, il restera non seulement chef de son parti, mais il sera aussi consacré chef de l’opposition et futur poil à gratter de Benkirane, encore plus qu’il ne l’a été jusque-là. Et Dieu sait qu’il l’a été.

2/ Dans cette configuration, quels sont les scénarios pour le prochain gouvernement ?

Il y en a plusieurs… Mais avant de les passer en revue, il est d’ores et déjà acquis que le PJD dispose au départ de ses 125 sièges, plus la douzaine du PPS, en plus des 27 du MP dont le chef, l’éternel Mohand Laenser (en fonction depuis 1986), avait assuré à Benkirane qu’il resterait à ses côtés. Mais même si avec Laenser, on n’est jamais sûr de rien, partons du postulat qu’il sera fidèle à Benkirane et au PJD, qui part donc avec un capital d’élus de 164 âmes.

Scénario 1 : Avec l’Istiqlal et ses 46 députés, cela donnerait une majorité de 210 élus. Il restera seulement à aplanir les très sérieux différends entre Benkirane et Chabat, sachant que les Istiqlaliens se voient tous avec un strapontin au gouvernement. Il faudra alors faire le tri, mais cela est une autre histoire.

Scénario 2 : avec le RNI et ses 37 parlementaires, le PJD réunirait autour de lui une majorité de 201 élus, mais une majorité étriquée, et vu les relations entre le RNI et le PJD, cette alliance serait particulièrement fragile. Et cela donne le…

Scénario 3, qui serait d’intégrer Istiqlal et RNI au gouvernement qui serait donc pomponné par une confortable majorité de 247 sièges. Cette option serait la plus prisée par Abdelilah Benkirane car elle le prémunirait contre toute pression du RNI ou de l’Istiqlal.

Scénario 4. Dans cette configuration, très politique, Benkirane offrirait à tous les partis une place au gouvernement. Avec les 20 députés de l’USFP et les 19 de l’UC, et en plus de l’Istiqlal et du RNI, 286 députés soutiendront le gouvernement. Cette option politique pourrait voir le jour pour mieux isoler le PAM, seul alors dans l’opposition. Mais laissera-t-on faire Benkirane ?

Enfin, le 5ème et dernier scénario, placé en dernier car il est le plus improbable, serait une alliance entre les deux ennemis que sont PAM et PJD. Ce serait alors un gouvernement d’union nationale où les autres partis seraient intégrés, mais avec très peu de ministres chacun, car ils n’auraient plus la possibilité de négocier et de peser. Mais ni Benkirane ni El Omari ne souhaitent une telle alliance, qui ne saurait être possible qu’en cas d’absence des deux hommes du gouvernement. Et comme Benkirane vient d’être désigné par le roi pour former un gouvernement, il semblerait que ce 5ème scénario soit à écarter.

Alors attendons, et nous verrons.


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