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L’urbanisme et déclassement social


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Casablanca. Cette ville rappelle Humphrey Bogart, Michel Ecochard, sa médina, Anfa et tant de signes mémoire.

Casablanca vit en 80 des émeutes qui avaient marqué ses premières crises socio-économiques. La décision fut à l’époque de décomposer cette ville en sept préfectures-wilayas pour mieux maîtriser une démographie qui posait déjà problème. Avec les années, la ville se densifiait et les bidonvilles prennent plus de droit, alimentés par un exode massif, suite à la sécheresse des années 80. À l’époque, les bidonvilles avaient leurs familles et chaque famille possédait une ambition puis chaque ambition offrait la réussite à l’école publique. Mais ça c’était avant !

Casablanca devenait non maîtrisable et son foncier grimpait en hausse. À partir des années 90, le gouvernement se prend de sympathie pour les « bidonvillois » et ouvre les vannes aux promoteurs immobiliers qui inventent la notion de logement économique. Le plan urbain de Casablanca en 80 défendait une vie sociale respectée avec des bâtiments, des villas, un marché, des jardins, des lieux de cultes… Aujourd’hui, les pauvres gens ont droit à des appartements de 55 m² dans de véritables ghettos. Des blocs et du béton puis une mosquée pour avoir bonne conscience. Immense erreur que sont ces boîtes urbaines ! Une famille marocaine de classe populaire compte les deux parents, des grands-parents et des enfants (3 générations) soit 7 personnes. Le père, ouvrier, rentre tard car il n’a pas sa place dans cet espace donc il préfère se rendre au café voire ailleurs. Sa femme et les grands-parents se frictionnent verbalement à longueur de journée. Quant aux enfants, ils sont dehors. Un 55 m², c’est petit, très petit ! Y a-t-il complicité des responsables de ce type de promotion immobilière si on peut l’appeler ainsi ? Les problèmes commencent. L’enfant trouve son espace dans la rue où il joue au football, consomme sa première cigarette, sa première drogue. Il agresse verbalement sa première proie féminine et accède au grade de « Rajel » c’est-à-dire au niveau de la virilité. Ce n’est pas fini. Car les caractéristiques de sa virilité progressent et adhèrent au wydadisme ou rajaouisme. Il est accepté dans le clan, il se fortifie par le clan et adhère à la folie de groupe, dira Omar Tazi, architecte et passionné de Casablanca dans un entretien. Les ultras le récupèrent car son besoin d’appartenance est immense. À défaut d’ultras, il reste les bandits ou les radicaux religieux, le choix macabre est ouvert en l’absence d’une conscience sociale et d’une formation scolaire. La famille est dans la démission totale, le père souvent ivre, la mère en conflit avec la belle-mère alors que les enfants sont entre les mains des extrémistes !

En ce matin, nous nous posons ces questions du type mais d’où provient cette violence ? La joie de vivre est absente. L’OMS conseille près 5m² d’espaces verts publics par habitant au minimum alors que nous n’avons que 0,50m² par habitant en comptant les espaces verts à Casablanca. Les événements du samedi nous ont illustré la souffrance et l’égarement de cette jeunesse à qui on a offert une illusion de vie, une grotesque formation et une vacuité d’ambition. Vivre la ville semble devenir une étrange mission pour les Casablancais. « L’urbanisme m’a tuer » dira Casablanca.


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