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Mouvement national

L’irrésistible érosion du Mouvement national


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Mouvement national

L’appellation est belle, belle et noble. Mouvement national. La nation en mouvement, en marche, en action, comme le Comité d’action qui fut l’ancêtre du parti de l’Istiqlal. Depuis, ce parti en a donné d’autres et le Mouvement national naîtra dans la gloire de la lutte pour l’indépendance. Depuis, le temps a fait son outrage et ses ravages ont lentement, mais sûrement, érodé ces partis.

Né de la bourgeoisie fassie, instruite dans un Maroc alors entièrement occupé, le parti de l’Istiqlal a œuvré pour que cette occupation ne le soit pas durablement. Les grands leaders comme Ahmed Balafrej et Allal el Fassi (depuis son lointain exil gabonais) avaient conduit la lutte pour la résistance, forcément sanglante, mais fondée sur un idéal aussi bien nationaliste que religieux, monarchique que résolument arabe. C’était l’époque qui voulait ça, et les Marocains qui le désiraient ardemment.

Les combats furent héroïques, les écrits pléthoriques, les intellectuels rivalisant de grandeur d’âme et d’engagement désintéressé. Après l’indépendance, en 1956, les débats idéologiques se poursuivirent, devinrent mondialistes, socialistes, et l’Union nationale des forces populaires voit le jour en 1959, d’une scission du parti de l’Istiqlal.

De cette division naquit l’appellation du Mouvement national, qui devait animer le débat idéologique et agiter la scène politique durant 15 ans, entre un Istiqlal qui composait avec le palais et l’UNFP qui était née dans l’idée et sur la base de l’option révolutionnaire. Il y avait aussi le PPS, communiste mais marocain et nationaliste.

Il y avait à ce moment-là les grands noms comme Ahmed Balafrej, Mehdi Ben Barka, Allal el Fassi et d’autres encore. Au milieu des années 1970, l’Istiqlal entrait au gouvernement pour servir la cause nationale du Sahara et quelques années après, le leader socialiste Abderrahim Bouabid, chef de ce qui était devenu USFP, Union Socialiste des Forces Populaires, entrait en prison, jugé pour avoir desservi la même cause nationale du Sahara.

Au parlement, les joutes étaient belles, les personnages étaient flamboyants, les oppositions farouches. Puis les leaders commencèrent à vieillir, à s’amollir, à vouloir jouir de privilèges, des inévitables et compréhensibles privilèges que leur conférait leur long engagement.

Abderrahim Bouabid disparaissait au début des années 90, l’ancien communiste et grand résistant Ali Yata aussi, quelques années après, et Mhamed Boucetta démissionnait à la fin de ces mêmes années 90, en même temps que le Maroc changeait de roi, de système, de pratique politique, et de générations. Les urnes, à partir de 2002, reflétaient la volonté populaire, et cette volonté populaire n’a pas trouvé en face d’elle des leaders capables d’enthousiasmer, de faire rêver, de conduire les jeunes à adhérer.

Une décennie de flottement commençait alors, avec des dirigeants intermédiaires du Mouvement national. Abbas el Fassi à l’Istiqlal, Mohamed el Yazghi à l’USFP, Ismael Alaoui au PPS tentaient de tenir la barre et de mobiliser, de sensibiliser. Mais en vain.

Les jeunes se désintéressent alors de la politique, les moins jeunes en sont déçus. Tout le monde se démobilise, et c’est le PJD qui électrise, poussant irrésistiblement les vieux partis vers la porte de sortie. Pour un parti, cette porte de sortie s’incarne dans ses chefs.

Et Hamid Chabat arrive à l’Istiqlal, Driss Lachgar surgit à la tête de l’USFP et Nabil Benabdallah se hisse au sommet du PPS. Des dirigeants sans profondeur, sans histoire, sans gloire, que personne n’écoute. Leurs partis doutent, tanguent, penchent, et finissent par s’écrouler, lentement mais inexorablement.

Aujourd’hui, l’Istiqlal, pour ne pas s’effondrer, se jette dans les bras du PJD et prend ce qu’on veut bien lui donner. L’USFP s’agite, puis va coller à la première main tendue, qui se trouve être celle du PAM, puis du RNI. Le PPS n’est plus que l’ombre de lui-même, KO debout.

Et c’est le grand n’importe quoi, du cafouillage même pas organisé, jusqu’à cette élection du désormais nouveau troisième personnage de l’Etat avec des voix que pas un seul des dirigeants nationalistes n’aurait pu imaginer, celles des partis autrefois honnis.

Le Mouvement national a vécu. Il a été vaincu. La nation est en mouvement, mais pas, mais plus avec le Mouvement national.


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