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L’arbre est deux fois plus utile que les fruits


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S’il est certes difficile d’éprouver de l’admiration pour un peuple qui ose appeler tagine une sorte de grosse tortilla, il nous faut pourtant humblement constater qu’une fois encore, la remise en cause de nos principes et de nos fondamentaux supposés semble devoir venir de Tunisie. Une première fois, il y a quelques années, les tunisiens ont réduit à néant l’un des principes les plus ancrés du monde arabo-musulman, celui du président à vie. Et très vite, leur président à vie, que tous pensaient indéboulonnable, a pris la poudre d’escampette. Les égyptiens et les libyens pour ne citer qu’eux leur ont ensuite emboîtés le pas. Avec des fortunes diverses.

Après avoir commis ce bouleversement institutionnel remarquable, les tunisiens entendent récidiver de la plus belle des manières en assurant aux tunisiennes une pleine égalité de droit en matière notamment de mariage et d’héritage. Il est ainsi purement et simplement envisagé d’abroger l’interdiction qui est faite aux femmes tunisiennes de convoler avec des non musulmans. Bref, les tunisiennes pourront librement choisir qui elles souhaitent épouser et donc quelles qualités l’impétrant devra présenter. Leur choix ne pourra plus être contesté et invalidé par les autorités au motif que le mari envisagé ne prie pas ou ne prie pas dans la bonne direction.

Une telle innovation peut paraître anecdotique mais c’est en réalité d’une très grande importance puisque cela signifie la fin d’une tutelle étatique et religieuse non seulement sur le mariage mais surtout sur les individus. Une avancée majeure en ce que les choix du Citoyen prime sur les mythes fondateurs de la Cité et les diktats des auto-proclamés défenseurs de la Foi. Dans le même élan, les autorités tunisiennes souhaitent réformer nombre de textes archaïques et établir une parfaite égalité arithmétique entre hommes et femmes en matière d’héritage. L’homme et la femme hériterait alors enfin à parts égales.

Ce sont des choses qui paraissent évidentes aux juristes et à tout individu convaincu de l’universalité des droits de l’Homme. Vu de Casablanca, Alger ou Tunis, l’évidence ne saute certes pas aux yeux et l’on risque probablement d’assister à une levée de boucliers dans la plus pure tradition des controverses à caractère religieux où les imprécations et les anathèmes tiennent lieu d’arguments. Ainsi, l’Union internationale des savants musulmans, si si ça existe, dirigée par le bien mal nommé Youssef Al-Qaradoui, dit non à toute réforme et s’oppose frontalement aux propositions de Béji Caid Essebsi pour renforcer les droits des femmes.

De la même manière, le vice-grand imam de la mosquée Al-Azhar, le Cheikh Chouman, s’est indigné des velléités de réforme de la Tunisie, estimant qu’elles sont dangereuses en ce qu’elles portent atteinte à la charia et contreviennent à des principes clairs qui donnent à l’homme la prééminence sur la femme. Effrayant. Ces savants ne comprennent pas pourquoi changer et réformer un système qui a amplement démontré qu’il ne fonctionnait pas et ne crée chez nous que très peu de femmes libres et éduquées beaucoup de femmes-mulets destinées à mourir piétinées en essayant de ramener quelques babioles de l’Occident.

Bref, le chemin est long et parsemé d’embûches et les turbans lutteront de toutes leurs forces et par tous les moyens pour empêcher que de tels changements ne surviennent. Dans le monde arabo-musulman, la marche vers l’égalité entre tous et toutes et dans tous les domaines est inexorable. Seul est incertain le prix à payer pour y parvenir. Espérons que nous pourrons au moins éviter les rivières pourpres.


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