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La Culture, un combat!


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Le charnier et le cocktail pourrait bien être le titre du roman de ce 20ème siècle qui n’en finit pas de finir.

Siècle au fond « diabolique », – au sens où le Diable est celui qui sème la confusion, excelle dans le mélange les genres, – siècle qui aura rendu possible tant de discours, qui les aura permis doubles et triples. Paroles, slogans, formules consacrées permettant que prennent les plus horribles des greffes sémantiques et politiques qui forment désormais l’exosquelette d’un nihilisme autre, perpétuellement revigoré, puisqu’il va jusqu’à prendre la forme des luttes que l’on imagine, que l’on croit voir s’organiser contre lui !

Siècle du consentement meurtrier, dirait Camus, et au fond, d’une totale indifférence à la vie, qui  permettent  non seulement de concevoir, mais d’accepter, sans révolte aucune, et si vite, la vulnérabilité et la mortalité de l’Autre.  Le 20ème siècle aura fait que soit possible, que se dessinent les contours de ce qu’il faut bien nommer une géographie de la souffrance, d’une nouvelle, et récente impossibilité, affichée, avouée, et savamment dictée, on verra par qui – de refuser qu’une douleur, qu’une mort, les dise et les vaille toutes. Nous n’en sommes toujours pas sortis… qui peut prétendre, au fond, que nous ne faisons pas que nous jeter nos victimes aux visages !

Et que dire lorsque cet horrible jeu qui prend nécessairement la forme d’une trop facile, d’une trop habile résignation, fille de l’accommodement et de l’accoutumance ? Que penser de cette nouvelle Raison Médiatique, née, elle aussi, – et l’on comprend bien pourquoi et comment, au milieu du siècle dernier… Ne lui fût-il pas allouée, à cette fausse mais non moins terrible raison, la lourde tâche de lutter, elle aussi, contre ce qui pouvait rappeler à l’occident, si tant est qu’il existe, le sens de la Mort ?

Et ce, en inventant une manière, télévisée, de compter les morts sans jamais les dénombrer, les dénommer. Et, Raison Médiatique oblige, sans jamais les dénoncer. Objectivité, dit-on… Ce mélange des genres, on l’a vu, et on le verra encore, est la manière dont, par l’humour comme opération de recyclage, – L’humour, on le sait, a déjà servi les desseins des génocidaires – on se croit, et c’est bien le drame, capable de se moquer du Mal, comme s’il s’agissait du Diable, dont le génie réside dans sa capacité à nous faire croire qu’il n’existe pas !

Alors ? Devant le Mal, le vrai et premier nom du Nihilisme, du Consentement meurtrier, et de l’Indifférence à la vie, il peut sembler qu’agir sur le cours des évènements semble difficile. L’idée de Justice pour les Hommes n’a-t-elle pas  été achevée tant par les amuseurs que par les maîtres ? Et la violence devenue ce qui fait le Mal et ce qui fait rire du Mal. Alors, oui, comment agir ? Cela peut sembler vain, facile à dire, mais, pourtant, c’est notre seule et unique solution, la seule voie possible : la Culture !

Oui, mais laquelle ? La seule, l’unique, celle qui ne peut, qui ne doit, désormais,  porter qu’un seul nom : celui de prise en compte de la vulnérabilité, de la mortalité de l’Autre. Oui, mais à condition que Culture rime avec Refus, avec Combat contre le nihilisme, dire non aux géographies de la souffrance.

Oui, la Culture, comme combat, en tant qu’elle est ce qui fonde notre condition d’humains,  séparés de nous-mêmes et du Monde, et donc voués à aller les uns vers les autres, en cherchant un sens à, et en ce Monde… N’est-ce pas dans ce but unique, que nous avons inventé le langage, que nous avons inventé l’art, les traditions, les religions, n’est-ce pas cette condition qui est tout ce que dit la Culture ? Cette chose miraculeuse et savante, qui porte en elle tous les secrets de la préservation de la Vie, la Culture, ce grand livre où sont regroupées toutes les recettes ontologiques qui nous permettent, depuis la nuit des temps, de demeurer vivants, tant avec nos corps, qu’avec nos âmes, comme individus et comme peuples !

Ainsi la Culture, comme telle, est-elle le moyen le plus sûr, au fond, pour continuer d’aimer la vie. Et de se refuser d’y être indifférent. Alors, si la Culture est cette science, cet art, ce discours de la condition humaine, il semble évident, nécessaire, et réel, qu’il n’existe pas de Culture du meurtre. C’est-à-dire aucune justification qu’aucune culture ne puisse lui donner ! Il n’y a pas, en vérité, de Culture de l’indifférence à la vie.

Alors ? Combattre, avec et par la Culture, cette science, cet art, ce discours de la condition humaine partagée, qui doit nous faire refuser le kitch, l’humour méchant, le recyclage, la bêtise virale, le goût pour les applaudissements mortifères,… La Culture, contre les médias, qui produisent, chaque jour, la terrible et puissante sémantique qui trace des lignes de partage entre les bons et les mauvais, ces mêmes médias qui sont devenus le tribunal inquisiteur, véritable antichambre de la guerre postmoderne… La Culture comme seul moyen de désintoxiquer le discours, de déconstruire le mensonge, de rendre aux mots leurs sens, de démanteler le dispositif meurtrier que nous prépare le clash des civilisations, tant désiré par les nouveaux maîtres du nihilisme mondial.

Oui, la culture est un combat, le seul qui nous reste. Le même, depuis le commencement.


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