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Grève des étudiants en médecine : Le service sanitaire obligatoire, entre droits et obligations


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Invités : Pr. Abdesslam Khamlichi, Professeur de neurochirurgie à la Faculté de médecine de Rabat, Pr Abdelhakim Lakhdar, Professeur de neurochirurgie à la faculté de médecine de Casablanca et Secrétaire Général du Syndicat Marocain de l’enseignement supérieur ; Pr Nadia Ismaili, Professeur de dermatologie à la Faculté de médecine de Rabat; Amine Haddad, Porte-parole du conseil des étudiants en Médecine de Casablanca et Mehdi Tahiri, Médecin résident en psychiatrie, membre de l’association des médecins résidents de Casablanca.

Un service sanitaire obligatoire pour les médecins fraîchement diplômés. Les médecins disent non !

C’est donc un nouveau bras de fer qui s’est engagé entre les professionnels et Houcine El Ouardi, ministre de la Santé. Il faut dire que les bras de fer, il commence à s’y habituer. Pas une mesure qu’il prend sans qu’il n’ait besoin de faire un passage de force pour la faire appliquer.

S’il est vrai que dans la forme, l’appellation « service obligatoire » a tendance à faire peur, dans le fond, les arguments du ministre tiennent la route. Sa décision serait en effet motivée par le manque cruel en ressources humaines dans certaines régions du Maroc ; une mauvaise répartition des effectifs. Le service sanitaire obligatoire serait en ce sens l’obligation  pour tout médecin fraîchement diplômé, d’exercer dans une zone dite reculée. Les zones reculées, étant ces régions du Maroc que les médecins n’ont généralement pas franchement envie d’y découvrir les joies de la médecine mais ce sont aussi, par la même occasion, ces régions du Maroc où des femmes perdent la vie en donnant la vie parce que la première unité sanitaire se trouve à mille lieues de leurs douars. Ce sont aussi ces régions du Maroc où la mortalité infantile est la plus élevée. Ce sont aussi ces régions du Maroc dont les habitants sont obligés d’aller se faire soigner dans les CHU de Rabat, Casablanca et autres grandes villes du Royaume par manque d’offres hospitalières dans leurs régions et qui, par la même occasion provoquent un flux de malades impressionnant devant lequel les CHU les mieux équipés du Maroc se trouvent désarmés.

C’est ici donc que Houcine El Ouardi a puisé son inspiration pour rendre l’exercice dans ces régions-là obligatoire, les médecins refusant d’y aller de leur plein gré. En contrepartie, ceux-ci seront rémunérés comme des médecins de la fonction publique, leur salaire sera assorti d’une prime d’éloignement et, en plus, ces deux années compteront pour quatre sur les 8 années de service publique obligatoire pour tout médecin nouvellement diplômé. Que demande le peuple ?!

Une initiative honorable qu’on ne peut, à priori, qu’applaudir et soutenir fortement, nous tous. Nous tous, donc, sauf les premiers concernés à savoir les médecins. N’est-ce pas un peu étrange? Nos médecins manqueraient-ils donc à ce point d’esprit patriotique et de solidarité?

Si les choses, comme elles sont actuellement présentées renvoient facilement à ces conclusions, le raccourci nous semble, nous, tellement facile que l’on n’est pas tenter de le faire. L’accusation serait, avouons-le, assez grave.

Il convient donc, comme il est souvent d’usage dans un bras de fer opposant deux parties, d’écouter les arguments des deux parties. Ce que, justement, nous faisons cet après-midi avec notre tour de table.

Les opposants au projet de réforme de Houcine El Ouardi sont, pour le moins que l’on puisse dire, déterminés, bien décidés à se faire entendre et pour cela ils n’y vont pas de main morte. Leur désaccord et leur colère n’ont d’égal que l’ampleur de leur mobilisation le 17 septembre dernier. Les étudiants en médecine sont soutenus par plusieurs de leurs profs mais aussi par des syndicats. Ils ne dénoncent pas moins qu’un manque de respect à leur égard, une hypocrisie flagrante du ministre de la santé qui, disent-ils, veut mettre son échec sur leurs dos et par la même occasion ternir leur image et, enfin, ils dénoncent une mesure, s’il vous plait, anticonstitutionnelle. Ils brandissent à l’appui, l’article  24 de la Constitution qui dit dans son dernier alinéa, je vous le cite :« Est garantie pour tous, la liberté de circuler et de s’établir sur le territoire national. »

Comprenez par la liberté de circuler, la liberté d’aller là où on veut. Mais nos jeunes médecins comprennent, eux, la liberté de ne pas aller là où on ne veut pas. Anticonstitutionnelle donc le projet de El Ouardi, n’est-ce pas un peu fort? C’est notre débat dans Avec Ou Sans Parure.


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