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Du séisme au tsunami ?


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Tam prudens est hic homo ut errare non possit disait de Jésus ses contemporains. Pour ceux que le latin rend nerveux, cela signifie cet homme est si avisé qu’il ne peut se tromper. On en déduira alors aisément que Jésus n’était pas ministre au Maroc. Encore moins Chef du gouvernement. Les ministres peuvent se tromper, ne pas suivre, délibérément ou non le mandat consenti par le Peuple ou les instructions données par le Roi.

Or notre Constitution est régulière, c’est-à-dire conforme à la Règle et le gouvernement doit donc appliquer avec soin les textes constitutionnels et internationaux qui garantissent les droits et les devoirs de tous les marocains. Et c’est parce que d’une part il existe un ordre constitutionnel et d’autre part que les camarades ministres peuvent, quelle que soit leur expérience et parfois à leur corps défendant, se tromper qu’ils ont besoin d’être éclairé, instruit et guidé. Et c’est précisément pour les éclairer, les instruire et les guider dans l’action que l’office du Chef de Gouvernement existe.

Les éclairer puisque s’y l’on y songe, le Chef du gouvernement est le second personnage de l’Etat. Placé au plus haut de la hiérarchie gouvernementale, il doit donc éclairer les zones d’ombre sans toutefois avoir pour seul dessein d’imposer son point de vue et ce afin de garantir la cohésion et l’efficacité de l’action publique. Les guider et coordonner leurs actions car mettre la lumière sur des règles ou des problèmes n’est généralement pas suffisant. Il doit les rendre intelligibles, accessibles et solubles aux citoyens.

Le Chef du gouvernement, par la très grande responsabilité qui est la sienne, ne doit pas œuvrer y compris par immobilisme à anéantir les efforts et à exacerber les tensions au sein de la communauté nationale mais à affermir et à solidifier par ses actions et ses arbitrages les liens qui unissent les membres de cette communauté. Il doit, pour guider ses concitoyens, faire un travail de synthèse et de pédagogie. Contrairement au Procureur, il ne se sert pas de son index, ne requiert pas ad personam mais propose et travaille ad rem.

Le Chef du gouvernement, dépositaire de l’action gouvernementale et des suffrages, est l’ordonnateur de la lettre certes mais aussi et surtout de l’Esprit de la Constitution. Ne s’adresse-t-il pas en effet à des citoyens libres qui ont accepté volontairement et sans contrainte de s’imposer un certain nombre de règles communes et de devenir les simples maillons d’une chaîne qui ne leur promet ni ne leur offrira ni paradis, ni jardins des délices pas même quelques malheureuses petites vierges.

Il doit assurer la cohésion dans l’action et rassembler les ministres et les citoyens dans une démarche de réalisation des volontés royales. Et cette œuvre de rassemblement, de défragmentation politique, il doit la réaliser en s’inspirant d’Isis qui a réussi à rassembler les membres épars de son mari que Seth avait découpé en quatorze morceaux et dispersé aux quatre vents. De même qu’Isis reconstitua le corps d’Osiris et avec l’aide du dieu Anubis l’entoura de bandelettes et réussit à lui rendre vie, de même le Chef du gouvernement doit rassembler dans un même élan d’une part les citoyens et d’autre part les Lois pour aider le plus efficacement possible le Souverain à relever les défis du développement économique et social.

Ne répondant que de sa seule destinée, un citoyen peut se laisser distraire et perdre un jour ou une année mais un gouvernement n’a pas le droit de perdre une seule minute, car sur lui pèse la responsabilité de toute la destinée d’un peuple. La tâche est à la fois noble et immense mais malheureusement l’espoir aujourd’hui pratiquement éteint.

Qui peut en effet sérieusement et sincèrement croire que l’actuel gouvernement et son Chef sont les personnes idoines pour la réalisation de telles ambitions et la satisfaction des besoins du pays ? Qui peut croire qu’ils sont habités par ce sentiment d’urgence à répondre à un peuple en souffrance et en attente ? Pas moi ! Et peut-être pas vous non plus. Au séisme politique doit succéder un tsunami administratif !


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