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Cessez-le-feu en Colombie : la fin du plus vieux conflit au monde!


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Bon, allez, fin de saison, on entend parler de catastrophes ici et là et nous sommes tous un peu fatigués, alors ce matin, on se détend un peu, avec une nouvelle qui sent bon la Bisounoursie : enfin, le plus vieux conflit armé du monde s’est arrêté. Eh oui, les FARC et le gouvernement colombien viennent de signer un cessez-le-feu historique, après 52 ans de conflit, 260 000 morts, 45 000 disparus et 6,9 millions de déplacés. Le traité de paix devrait, lui, être signé le 20 juillet, jour symbolique s’il en est puisque c’est le jour de l’indépendance du pays.

Ça y est, on vous dit. L’accord a été signé à la Havane entre le président Juan Manuel Santos et le chef suprême des Forces armées révolutionnaires de Colombie Timoleon Jimenez, sous le regard de plusieurs chefs d’Etat et du secrétaire général de l’ONU. Ce n’est pas une surprise, ceci dit. Cela fait déjà plus de 3 ans, presque 4 qu’on avance sur la voie d’un arrêt du conflit, de petits pas en grosses avancées, au fur et à mesure que la guérilla s’affaiblit. On sentait bien qu’on approchait de la fin, c’est vrai. Même les clips tournés à Cuba toujours par le service de com. des FARC faisaient dans la modernité du rap et parlaient de paix, c’est dire.

Bon, la normalisation des rapports entre Cuba et les États-Unis aussi préfigurait la fin des conflits entre une extrême gauche morte et enterrée et des états soutenus militairement et économiquement par la puissance américaine. Il n’empêche, l’accord est historique et va changer la face de la Colombie. Dans les détails, près de 7 000 combattants vont déposer les armes sous contrôle de l’ONU lors des quelques mois à venir et ils seront répartis géographiquement dans 23 zones du pays, réinsérés dans la société, protégés, évidemment, car tout le monde se souvient du raté des années 80, où la tentative de trêve devant mener à une normalisation sous forme de parti politique, l’Union Patriotique, avait mené à l’assassinat de 3 000 FARC dont presque l’intégralité de leurs élus. Au résultat, il aura fallu 30 ans de plus pour que, de coup fourré à gauche en coup bas à droite, on accepte de se refaire un peu confiance. Tenez, l’année la plus meurtrière de ce conflit dont on a presque entendu parler qu’à cause d’Ingrid Betancourt, c’est 2002, pas si vieux, tout ça.

Alors concrètement, quels sont les défis que cet accord va poser désormais ? Le premier est la justice transitionnelle : il va falloir désarmer non seulement les guérilleros, mais aussi les milices paramilitaires qui les traquaient, indemniser les plus de 7 millions de personnes en droit de le réclamer, réinsérer les combattants des deux bords… Et aussi, enfin, entamer des pourparlers avec l’autre guérilla dont tout le monde se moque un peu, car elle est plus restreinte, à peine 1500 combattants, de l’armée de Libération Nationale inspirée du commandant Che Guevara et la théologie de la libération.

Mais ça non plus ça ne devrait pas tarder. Par contre, rien de tout cela ne va être gratuit et autant les États-Unis ont débloqué pas mal de fonds d’année en année pour soutenir le gouvernement dans son conflit avec les guérillas, autant la somme promise par Obama pour soutenir l’effort de paix est presque symbolique : à peine 450 millions de dollars en 2017 sans engagement d’aller au-delà, quand la Fondation Paix et réconciliation estime le coût de la paix à 100 milliards de dollars étalés sur quinze ans, incluant les réformes nécessaires, les infrastructures à construire dans les régions sinistrées par le conflit, etc. Tout de même…

Ceci dit, la paix signifie également une augmentation du PIB car elle devrait permettre d’ouvrir à l’exploitation, en particulier minière, de régions jusque-là inaccessibles et puis la paix encourage les investissements. Les plus optimistes tablent sur 2 % d’augmentation du PIB, les plus pessimistes considèrent que les investisseurs ont déjà profité du climat apaisé pour venir et n’espèrent que 0,3 %, mais c’est déjà ça, dans un pays qui vient de subir, lui aussi un ralentissement économique brutal, passant de plus 5 % de croissance sur les 10 dernières années à seulement 2,7 % en 2015. Mais le plus important pour la Colombie, c’est que la fin des guérillas signifie un coup d’arrêt pour les cartels qui ne seront plus soutenus par l’extrême-gauche. Et ça, c’est vraiment, mais alors, vraiment positif. Pas sûr néanmoins que cela change la position de la Colombie sur cette question, qui veut, comme d’autres pays d’Amérique Latine, qu’on reconnaisse enfin l’échec de la prohibition et de la guerre contre la drogue. Ah et oui, c’est un détail, sans doute, mais bon… on va moins associer flute andine et révolution pour mieux la laisser au rayon des musiques d’ascenseur. C’est déjà ça.


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