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Cent marocains


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Tous les marocains, hommes, femmes, jeunes gens, tous ceux qui sortent, marchent, crient, rient, éreintent l’asphalte, écrivent, témoignent, sur les réseaux sociaux des marques, toujours trop nombreuses, des manquements à la dignité, de l’emphase corruptive, des inégalités, des disparités… Tous ces jeunes, tellement plus libres aujourd’hui, que nous ne le fûmes, nous. Tous ceux-là ne témoignent-ils pas, au bout du compte,  de la puissance d’un seul et même désir ?

Ne nous disent-ils pas, d’une seule et même voix, la même chose ? Et ne partagent-ils pas la même crainte, – même les amuseurs, – car c’est peut-être aussi de désespoir rieur qu’il s’agit ! – oui, ne parlent-ils pas tous ensemble pour dire : «Attention, le Bien ne repose plus sur son axe ! ». Cette vérité ne peut-elle pas les résumer toutes.

Les dire toutes ? Les unir en une seule et même, venant témoigner du dérèglement de l’ordre éthique de notre société ? D’une société dont il ne faut pas craindre de rappeler que son enracinement dans le spirituel, c’est-à-dire la croyance en un ordre juste et premier qu’il faut protéger, perpétuer en des formes modernes ? Une définition de la politique sous nos cieux… Et que ce dérèglement, plus encore que les vicissitudes de l’existence pourraient rendre ceux que l’on appelle les braves gens, extrêmement violents.

Pour la petite histoire, l’islam naît dans une société où le pouvoir abusif des oligarques vient dérégler, justement, un équilibre reposant sur ce que les hommes de ce temps appelaient eux aussi, honneur, justice et dignité. Ainsi les sociétés, qui sont faites d’Hommes, ressemblent-elles à ces derniers. Ainsi sont-elles faites de cette âme, de cel des hommes et des femmes qui les font, les constituent, les font vivre, et, espèrent, qu’elles leur rendent justice, qu’elles protègent leur vie, et qu’elles les maintiennent, un minimum, dans l’idée que l’on est en droit de considérer que l’on est dans son bon droit… Lorsqu’on l’est.

Or, dérèglement signifie précisément qu’on est plus dans son droit, quand on l’est… Que l’on perdra, quand on devait l’emporter, et qu’on sera puni, alors qu’on devait recevoir les honneurs. Mais, en premier lieu, en première instance, dérèglement signifie instauration et persistance du dérèglement. Par qui ? Des êtres, fondés à inverser les valeurs. Payés pour vous dire que voler, spolier, corrompre, et rire fort des gens de bien, voilà ce qui rapporte gros. Et surtout, pour nous faire croire que l’exercice de leur pouvoir dépasse l’imagination, qu’il nous serait quasiment devenu un commun destin.

Aujourd’hui, le seul espoir d’un Marocain sans protection et désireux d’avancer un peu dans la vie est de plaire à l’un de ces êtres, dont on dit aussi que leur puissance est telle qu’ils font et défont qui leur semble bon à l’être… Et ce, dans quelque domaine que ce soit : administration, loisirs, médias, affaires de toutes sortes. Alors, contre ces démiurges horribles et arrogants, ces maîtres du dérèglement… Peut-on imaginer cent vertueux, cent hommes et femmes, cent justes, animés par l’esprit du Bien ? Des êtres hantés par l’Ethique ? Dont la mission serait de remettre le Bien sur son axe ?

Cent marocains, luttant contre ceux-là mêmes qui croient pouvoir nous priver de notre destin, de notre vie initiale ? Peut-on croire qu’ils existent, ces hommes et ces femmes. Oui, ils existent. Ils travaillent. Ils réfléchissent à notre pays. Ils ont été éduqués dans l’idée que l’on peut servir son pays sans se servir soi-même.

On les rencontre, dans les facs, ils croient en la mission de l’enseignant et ne harcèlent pas les étudiants, ne les terrorisent pas ; ils dirigent des entreprises, qu’ils ne confondent pas avec une caisse noire ; ils écrivent, dans des journaux, qui ne sont pas pour eux des marchepieds vers le pouvoir ou instruments de racket ; ils croient que la médecine ou la chirurgie ne sont pas des rampes d’accès au métier de promoteurs immobiliers ; ils payent leurs impôts au nom de la solidarité sociale ; ils sont éducateurs, et connaissent le mal de la jeunesse et les moyens d’y remédier ; ils croient en la politique plus qu’à la carrière politique ; … Ils sont cent, ils sont mille. Ils sont autour de nous.

Ainsi, et l’existence des ces êtres, et l’application quotidienne qu’ils mettent à la pratique des valeurs les plus nobles pose-t-elle aujourd’hui une terrible question… Pourquoi fait-on comme si ces vertueux n’existaient pas ?


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