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Différence

Années 80, le Culte de la Différence


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Belles, inoubliables années 80 !

Décennie de l’Apologie de la Différence ! De l’éloge continu de l’origine tout autre de l’Autre. On se drogue à ses manières, à ses traditions, à son esthétique, à sa musique, à ses épices… Celles-ci se font aimer et se vendent comme des petits pains. Elles s’écoulent vite et bien. Et parce qu’on les consomme dans un geste d’altérité si simple et si facile, tellement commode au fond, ce joyeux commerce qui se veut un dialogue avec l’Autre, emprunt d’une reconnaissance sonnante et trébuchante, cette nouvelle manière d’aimer tous les peuples du monde fait-elle obligatoirement la joie des têtes de gondoles et des produits dérivés. Alors que de braves altruistes armés de bonnes intentions et de cartes de crédit poussent, graves et joyeux, le world-caddy… On lui prête, aussi, dans le même temps, à cet Autre, dont les traumas doivent obligatoirement être pris en compte, gestion postmoderne oblige, oui, on lui octroie le droit aux petites salles obscures, pour son petit cinéma de combat. Et toutes les vitrines de la vérité que l’on trouvera, souvent difficilement mais non moins solidairement, pour l’exposition de ses souffrances. Moment fort qui rend possible une formidable fusion morale et marchande.

Symbiose miraculeuse et inédite comme seul le libéralisme peut en produire. On peut désormais, – grandeur de la Démocratie, – verser une larme de colère sur la traite des noirs et s’en aller danser au son du Jumbe. Le manioc est un engagement.

L’exposition d’un peuple enchaîné un devoir. Consommation et contrition collaborent à merveille ! La minute de silence précède obligatoirement le concert gratuit.

Parenthèse : ne peut-on penser du reste qu’à partir de là, il ne faudra plus jamais les concevoir autrement qu’ensemble ? Regardons autour de nous… Et vérifions, quelques décennies après, qu’il n’est pas une tragédie, pas une misère du monde au nom desquelles on ne monte pas sur scène, larme à l’œil et guitare à la main. Le 21ème siècle ne serait-il pas plus compassionnel que religieux ?

Ainsi ces années d’insouciance et de faste voient-elle la naissance d’un nouveau culte, celui de la Différence. Pleine,  entière, dogmatique. Émergence de la religion différentielle qui veut que l’Autre, parce qu’il l’est totalement, se doit de le rester, dans le regard de l’Homo Occidentalis, dont le sanglot n’aura plus à s’entendre, s’il laisse l’Africain, l’Arabe, le Juif, chacun à leur identité. À leur Etre intrinsèque toujours plus beau et plus vrai, plus appréciable lorsque c’est eux et eux seul, – ces descendants des souffrances passées, qui s’en font les uniques dépositaires.  Ainsi l’Africain sait-il de toute son âme, et de tous ses sens, si bien l’être. Pourquoi faudrait-il, alors, lui ressembler ? S’immiscer entre lui et lui ?

Vous n’y songez pas ! C’est son propre, que l’on attaquerait… Et ce serait proprement indigne. Non, mieux vaut l’admirer, lorsqu’il fait briller sa différence, faire montre de capacités uniques, tant rythmiques qu’athlétiques, comme l’aveugle, au fond, déchiffre son braille et le sourd-muet parle son langage des signes… Voilà bien le meilleur des mondes possibles.

Celui de l’heureuse, tolérante, Diversité Culturelle. Par décret, respectueuse de l’Etre de chacun. Cette compétence unique et inégalable. Meilleur des Mondes de la Diversité Culturelle. Celui du faux métissage des gens et du vrai mélange des genres.

Oui, La Diversité Culturelle guidant les peuples est bien le nom de ce tableau de maître, ce chef d’œuvre du postmoderne et du libéralisme réunis.

Mais voilà…

Suffit-il que l’on ai goûté la cuisine et les épices, adulée la plastique ou exulté aux sonorités de l’Autre, quitte à les avoir fait fusionner, les avoir mixées, pour que cet autre, en sa différence, en son Etre, le soit vraiment ? Et que sa différence ne s’entende pas simplement comme goût, comme plaisir ?

L’autre comme expérience d’un soir, d’un moment, comme tentation ou comme tendance, comme peut l’être un massage aux pierres chaudes, une sauce aigre doux, une danse du ventre. Oui, l’autre, en ce qui le fonde, en sa différence, son unicité, peut-il prétendre, dans cet ordre esthétique et marchant, avoir jamais existé ? Avoir jamais été réel, dans ce Meilleur des Mondes ?

Et ne suffit-il pas qu’un, ou que dix pétroliers fassent naufrage ? Que le chômage monte en flèche ? Que les monnaies s’effondrent ? Que les règles de vie de la société internationale ne valent pas pareillement pour tous ? Que le ressentiment retrouve ses droits… Pour qu’à la belle Pax Différencia succède le droit de haïr cet autre, seule et unique réponse possible aux malheurs des uns, à la haine justifiée de tous les autres. Et qu’alors on voit, à l’intérieur de ces sociétés que l’on avait cru ouvertes, comme partout à la surface du monde parfait, se redresser, se remettre debout, pour se tenir bien droit dans ses bottes, le démon du racisme, de l’antisémitisme, de la xénophobie, du rejet violent de ceux-là mêmes qui, au fond, s’ils sont la cause de tous ces malheurs, de toutes ces crises, le sont, chiffres, statistiques, études et rapports à l’appui… Parce qu’ils sont devenus, parce qu’ils n’avaient toujours été que par trop différents. Rien de commun, au fond, avec ces populations.

Et leur culture… Nous connaissons la suite.


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