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Quel usage fait-on de la culture à l’heure de l’uniformisation?


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Et ce matin, dans le Monde des Bisounours, je vais vous poser une question qui me paraît essentielle : à quoi sert la culture ? Non, parce que tout le monde vous dira, la main sur le cœur et avec componction que la culture, c’est important. Ses racines, son avenir, la lutte contre la Barbarie, je connais le couplet par cœur, je le débite tous les jours et avec conviction, encore. Pourtant, dans le même temps, on se rend bien compte qu’elle n’est ni la priorité des états, qui sabrent allègrement dans les budgets d’icelle, ni surtout et c’est encore plus grave, la priorité des écoles. Et attention, hein, pas seulement ici. Ailleurs aussi. Ainsi, l’Espagne découvrait l’an dernier avec stupeur et gueule de bois que la philo, qui irriguait jusqu’à lors tout le secondaire, ne serait plus enseignée que de manière marginale en première. Que la musique et les arts allaient plus ou moins disparaître ou tout comme. Bref, qu’on allait faire un peu comme le voisin français lequel ne se contente pas de si peu mais va jusqu’à vouloir la mort des langues classiques, comme le latin. Parce que ça sert à rien, n’est-ce pas, quand on est dans une vision post-bourdieusienne d’une école machine à produire des inégalités qu’il faut réformer vers l’uniformisation c’est-à-dire, essentiellement, vers le bas.

Oui, parce que cette idée que ça sert à rien, la culture, dans la modernité, c’est pas nouveau. Et l’idée, à chaque fois, est celle de l’utilité, notamment.

Est-ce qu’on en est pas déjà là, dites moi pas que c’est pas vrai, il me semble bien que oui, quand l’école nous dit dès le CP, pour le système français, que ce dont le pays a besoin c’est d’ingénieurs, par exemple. Mais, ce qui vaut pour la France vaut ici aussi, non seulement parce que nos enfants sont bien souvent dans le système français ou espagnol, mais aussi parce que ici, on vient d’en parler, quid de l’amazigh, quid de l’ouverture vers le monde et la question des langues d’enseignements des matières scientifiques, littéraires et autres, bref. Quid de la culture, ouverture à la pensée critique ? Et, à faire de parfaits petits robots bien uniformisés vers le bas et bien spécialisés, ne perd-on pas, en effet, ses, à défaut de son, humanité ?

Oui, le changement, oui, la réforme de l’éducation. Oui, aussi, la problématique de l’utilité : on sait bien comment des diplômes inutilisables sur le marché du travail sont problématiques. Mais n’y-a-t-il pas un équilibre à trouver entre les besoins utilitaires de l’éducation et les besoins de formation de l’esprit et de la capacité d’analyse ?

Alors non, je n’ai pas peur des américains, mais vous aurez remarqué qu’à l’exception de Pagnol, je n’utilise que des sons de Bowie. Oui, là aussi, c’est une forme de culture et pas seulement celle de l’utilité. Or Bowie, dans cette chanson, il parle de l’uniformisation et du manque de culture de la société américaine. Et c’est de cela dont j’ai peur. Et je n’ai pas peur de le dire. D’autant que, toujours l’utilité, toujours la réforme efficiente, on vend aussi notre éducation en partenariats public-privé, où pour trois francs six sous, parfois sans même le dire, on offre sur un plateau d’argent le droit de déformer plus que former nos enfants à des logiciels propriétaires. Oui, je pense à l’affaire Microsoft qui occupe le devant de la scène en France.

Alors, j’en reviens à ma question initiale : à quoi ça sert, la culture, dans un monde où l’on te dit qu’elle coûte de l’argent, qu’elle est vieillotte, qu’elle est, peut-être, sulfureuse ou te pousse vers l’étranger, autre méchant problématique ? À quoi elle sert, la culture et surtout, à quoi ça sert, l’éducation ? À pousser les enfants vers le meilleur d’eux-mêmes ou bien à les formater pour que surtout, il ne dépasse pas, en rien, ni vers le bas, ni vers le haut ? À quoi ça sert, la culture, quand on veut de parfaits petits technocrates efficaces et interchangeables?   Oui, à quoi ça sert ? À mon sens, la culture, c’est comme la confiture : tout le monde devrait en avoir sur sa tartine. Le plus possible. Et c’est le rôle de l’éducation de nous en donner le goût et l’accès.


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