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Tamgharbite

« Tamgharbite »


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Tamgharbite

La semaine dernière, l’universitaire et ex-député USFP Hassan Tarek, en rupture de ban avec la ligne officielle de son parti, a publié une tribune intitulée « Le triomphe du Tahakkoum ». Le titre est trompeur car il ne s’agit pas tant de la victoire de ce concept dans le sens que lui a donné le PJD, c’est-à-dire un Etat profond qui tirerait les ficelles, mais dans la forme, car le terme est désormais sur toutes les lèvres et dans tous les esprits. Il s’est imposé sur la scène politique.

Dans son argumentaire, Hassan Tarek émet l’idée que les grands partis, et leurs grands leaders, devraient être à même de développer un contenu sémantique qui, pour avoir du succès, doit sortir du cadre partisan et idéologique de son inventeur. Cela avait été le cas pour « la troisième force » d’Abed el Jabri, des « poches de résistance » d’Abderrahmane El Youssoufi et du « parti clandestin, ou secret » de Mohamed El Yazghi. Aujourd’hui, c’est le tahakkoum, invention du PJD qui, depuis un an, est cité, agité, brandi et clamé par tous.

Pour revenir à l’idée d’Hassan Tarek, on ne peut que constater l’indigence conceptuelle de nos dirigeants politiques actuels qui, au lieu d’imaginer une représentation sémantique de leur positionnement, ont tous repris le mot tahakkoum, assurant ainsi la victoire que l’on sait du PJD.

Voici quelques années, un autre mot avait été inventé, mais il avait eu une existence éphémère. Il s’agit du terme « tamgharbite », inventé par le Mouvement pour tous les démocrates, matrice originelle du PAM conduite en ce temps par l’actuel conseiller royal Fouad Ali Al Himma, alors dans sa vie antérieure d’avant le Cabinet royal.

« Tamgharbite » est un concept qui gagnerait à obtenir plus de visibilité, étant un syncrétisme de tous les mots et concepts qui font mal à ce pays, qui bousculent sa classe politique, qui tentent une hasardeuse mise en parallèle de la réalité marocaine avec celles d’ailleurs, du nord essentiellement.

Alors expliquons-le…

Sur le plan politique, « tamgharbite » explique le rapport de force des différents acteurs de la scène politique. Il ne sert à rien de dire que le palais tire les ficelles, c’est contre-productif et même faux, car dans notre Maroc, et selon les dispositions constitutionnelles, le roi détient un pouvoir exécutif important et agit sur les différents intervenants politiques, avec le consentement de la population, qui agit et réfléchit en pleine connaissance de cause. C’est notre tamgharbite politique.

Sur le plan religieux, « tamgharbite » est notre forme de laïcité, sauf que ce dernier mot dérange car il est d’importation d’Europe en général, de France en particulier. Et pourtant, croyants et non croyants se côtoient depuis la nuit des temps dans le royaume, pratiquants et non pratiquants, athées et salafistes, etc… Dans notre société, mosquées et lieux de culte sont voisins de bars et de lieux de distractions, et cela se voit dans les tenues vestimentaires des uns et des autres, des hommes et des femmes, chacun optant pour ce qu’il souhaite, dans le respect général. Ce n’est plus le cas depuis quelques années, et cela doit revenir à ce qu’il y avait avant.

Sur le plan spirituel, notre islam est particulier, et il relève de la « tamgharbite ». Il a été importé ici, sur nos terres, voici bien longtemps, par une poignée d’Arabes qui ont diffusé l’islam au sein des populations locales. Celles-ci avaient assimilé la nouvelle religion, qui est la foi dominante dans le pays depuis 12 siècles. Mais cet islam est placé sous l’autorité reconnue car convenue et convenable, de la commanderie des croyants. Il n’existe pas de hiérarchie ou de clergé au Maroc, mais nous avons un chef spirituel qui oriente, agit, s’implique et explique (à travers les instances religieuses) l’islam à la marocaine.

Sur le plan social, la « tamgharbite » se voit à travers la structuration sociale et régionale du pays, avec ses Doukkalis et ses Fassis, ses Sahraouis et ses Rifains, avec ses riches et ses pauvres, ses urbains et ses ruraux, tous se reconnaissant dans notre système qui n’admet pas d’aristocratie par la naissance, mais qui traduit son évolution par l’existence d’ascenseurs sociaux. Ces derniers permettent à un individu issu du milieu le plus défavorisé de se hisser aux plus hautes responsabilités publiques et privées.

Sur le plan culturel, « tamgharbite » signifie que nous sommes arabes sans l’être, et cela se voit dans notre langue, la darija, qui est le syncrétisme de l’arabe, de l’amazigh, du français et même un peu d’espagnol. Notre darija n’est compréhensible d’aucun pays dans le monde arabe, sauf peut-être dans la partie occidentale de l’Algérie. Et d’ailleurs, dans le mot tamgharbite, on trouve autant d’arabe que d’amazigh.

Alors, sortons de ces concepts de division et d’agression que sont le makhzen, dons son sens institutionnel, les « poches de résistance », qui se trouvent partout dans le monde, de « troisième force », qui renvoie à la notion d’Etat profond qui sévit dans tous les pays du monde… et gardons ce concept de « tamgharbite » pour nous définir. Nous sommes à la confluence de deux continents, de deux espaces religieux, de plusieurs cultures et autant de civilisations. Pour nous définir, rien de mieux que le « tamgharbite ». Et pour nous unir, rien de meilleur que le « tamgharbite » également.


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