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Le racisme d’État, c’est plus fort que toi


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En 2014, Hisham Aidi publiait chez Random House, à New York, son ouvrage Rebel Music : Race, Empire and the New Muslim Youth Culture. L’un des chapitres concerne spécifiquement les USA, et le système — étatique — de classification des gens par race ou couleur. Pour faire bref, au début du XXe siècle, les premiers immigrants venus de Syrie étaient chrétiens.

C’est sans grande difficulté qu’ils furent rangés parmi les « Blancs », et donc éligibles à la naturalisation. L’idée s’appuyait sur la proximité géographique d’avec l’Europe, et bien sûr la religion. Et puis, à ce moment-là, c’était le « péril jaune » qui faisait trembler le bourgeois. Il y a d’ailleurs eu une loi de type « Asian Ban » en 1917, et si John Steinbeck, dans son À l’Est d’Eden, en 52, s’étend si longuement sur le personnage chinois de Lee, ce n’est pas sans raison.

À la fin des années 30 et durant la Seconde Guerre mondiale, la « blanchitude » des immigrants venus de la Méditerranée orientale va de moins en moins de soi. C’est que les musulmans sont de plus en plus nombreux, ce qui tend à refroidir le bureau du recensement — l’organisme fédéral chargé de classer les individus, et, donc, de sélectionner ceux qui sont éligibles à l’American way of life, ou pas. Entre 1952 et 1965, retournement de situation. Ou en tout cas de la mission assignée à ce bureau. Il est déclaré illégal de créer des barrières raciales à l’immigration. On fera des quotas par profession. Désormais, la classification du recensement servira à identifier les minorités qui ont besoin d’aides — sociales, médicales ou législatives.

Conséquence paradoxale, au cours des années 80 mais surtout dans les années 2000, après les persécutions subies par les Américains musulmans depuis les attentats du 11 septembre, une nouvelle génération milite pour que les « Arabes » cessent de cocher la case « Blanc » dans les documents de recensement. Il s’agirait de créer une catégorie raciale, qui permettrait de mettre en évidence les avanies subies, et de pouvoir réclamer des aides sur des bases statistiques.

Mais beaucoup ne voient pas d’un très bon œil l’idée de se défaire d’un lien, même strictement formel, à la catégorie dominante du pays. Certains sont administrativement « Blancs », et de peau noire. À l’heure actuelle, la polémique fait rage au sein de la communauté des American muslims : sont-ils Blancs, ou non-Blancs ?

C’est un choc, en France, de voir un débat similaire se développer dans un hexagone qui méprise depuis longtemps le « communautarisme » anglo-saxon. Voilà que des racialisés (décalque du mot anglais racialized) tentent d’organiser des camps « décoloniaux », ou des réunions « non-mixtes ». L’extrême-droite hurle, évidemment, au fameux « racisme anti-Blanc », et l’intelligentsia républicaine ne peut s’empêcher de lui emboîter le pas — au nom, n’est-ce pas, de l’universalisme. La surprise de certains, bien intentionnés, et l’épouvante affichée par d’autres, aux intentions moins louables, reposent sur un énorme impensé.

C’est que cet import des méthodes de l’anti-racisme américain — une intervention de la branche anglaise de Black Lives Matter est programmée à Paris, cet été — tente de répondre à une situation de fait. La domination raciste n’est pas moindre au pays des Lumières et de l’assimilation que chez l’Oncle Sam. Elle s’articule sans doute différemment, mais l’assignation perpétuelle — sous la forme de la double injonction contradictoire qui impose au racialisé de rejeter les origines auxquelles, dans la même phrase, on l’identifie — a produit, elle aussi, ses ghettos.

En fait, ce qui est ici signé, c’est l’avis d’échec de la lutte française contre le racisme, telle qu’elle s’était formalisée dans les années 80, avec la fameuse « célébration de la diversité ». Les espérances de la marche des Beurs se sont enlisées dans les méandres d’un mitterrandisme matois. Ce dernier avait alors réalisé un véritable hold-up intellectuel, en prétendant que la gauche française aurait toujours été antiraciste.

Curieusement, la droite entérine et reprend en chœur ce travestissement politique, que dément pourtant l’histoire coloniale en général, et le lancement de la Guerre d’Algérie en particulier — puisque la répression militaire fut décidée par le gouvernement socialiste de Guy Mollet et son ministre de l’Intérieur, un certain François Mitterrand.

Fils d’un pasteur haïtien, le poète slameur américain Saul Williams remixait, en 2004, les Stooges avec une citation du Livre du d’Isaïe, dans sa List of demands «gravée sur la paume de (s)es mains ».


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