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peuple marocain

Qu’est-ce que le « peuple marocain » ?


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Peut-on parler d’un « peuple marocain » ? Ou encore d’une « nation marocaine » ?

Tandis que le premier concept est un phénomène sociologique structurant, et vécu de manière latente au Maroc depuis des siècles, le deuxième n’est ni plus ni moins qu’une projection sociopolitique et culturelle occidentale, niant toutes les structures d’appartenance collective intermédiaires (ethnie, tribu, corporation, confrérie,…etc.), car pas d’intermédiation entre le citoyen et la Nation nous dit-on.

Attardons-nous un peu sur l’étymologie du terme « peuple ».

Le mot peuple se dit « Cha’b » aussi bien en dialecte marocain, la darija, notre langue maternelle, celle qui nous fait vibrer, danser, rire, pleurer,…, qu’en arabe dit classique, et procède de la même racine tri-consonantique « cha, ‘a, ba », signifiant littéralement « ramification » ou « branche ».

Chaque peuple est ainsi pensé comme une branche du grand « arbre de vie » qu’est « l’Humanité ». Nous nous pensons comme une partie d’un tout, comme un mode ou une affection dirait Spinoza.

Ainsi, c’est une vision ouverte et inclusive du peuple. Car il suffit souvent de prononcer quelques mots ou phrases en « darija » ou de chanter en « darija » pour que déjà vous nous soyez familier, peu importe votre origine ou votre religion.

C’est ce paradigme sociologique qui permet d’être Rifain, Sahraoui, Soussi, Arabe, ou juif tout en étant marocain. C’est ce même prisme civilisationnel qui permet tout en ayant un sentiment d’appartenance collectif au peuple, d’avoir en même temps et sans l’ombre d’une contradiction, des sentiments d’appartenance plus locaux, à un groupe ethnoculturel particulier, à une tribu, à une confrérie et d’une manière plus élémentaire et naturelle à une famille.

On est loin des tenants d’un nationalisme fermé et phantasmé, qu’il soit pan-arabiste ou pan-amazigh.

Ce n’est pas le « Volk » allemand, raciale et fermé, ni la « Nation » française, ni le «Narod » russe. C’est le peuple marocain, « al cha’b al maghribi ».

Cependant, le peuple marocain est un concept en permanente construction, il n’a pas de réalité ou d’immédiateté ontologique, car il est toujours en devenir. Le peuple marocain est une réalité toujours fuyante.

Il est le fruit et l’expression d’une subtile  synergie, il est la reformulation permanente d’un consensus plus que millénaire, et par beaucoup d’aspects plurimillénaire. Il est l’éternel retour d’un socle de valeurs.

Mais le « peuple marocain » n’est en aucun cas la somme ou l’agrégation de tous les marocains, il n’est pas une donnée statistique, loin de là et tous les marocains n’en font pas partie.

Cependant, certains marocains, les plus intègres, les plus généreux et les plus nobles moralement sont l’alibi de ce peuple.

On a beau disposer d’une carte d’identité nationale marocain, on ne fait pas partie de ce peuple quand on crache sur les ainés, quand on feint d’ignorer le voisin qui dort le ventre creux, quand on refuse le gîte et le couvert à un itinérant, quand on violente sa femme, quand on trahi son prochain, ou encore quand on est lâche face l’ennemi et à l’adversité.

Mais en chacun de nous, en chaque marocain, même à l’intérieur du plus scélérat et du plus méprisable d’entre nous, il existe une réalité latente ou potentielle du peuple. De ce fait, il peut le rejoindre à tout moment en adhérant à nos valeurs et en se laissant métamorphoser par ces dernières.

Alors doit-on parler de peuple, de nation ou encore d’ethnie marocaine ? Je préfère d’avantage parler d’une âme marocaine. Car de même que l’âme transcende le corps qui en est le réceptacle, l’idée et le concept de « peuple marocain » transcende chacun de nous, qu’il soit riche ou pauvre, brillant ou médiocre, fort ou faible, tous sommes transcendés par la même épistémè, par le même humour, les mêmes émotions, la même manière de déguster le thé, les mêmes valeurs, en d’autres termes  par la même particularité et idiosyncrasie.

Nos racines sont en effet pluriels, Amazighs, Africaines, Arabes, Juives, tout en étant reliées par ce que les allemands appellent le « Volksgeist », littéralement  l’esprit ou le génie du peuple, et animée par une même « passionarité », une même énergie vitale.

C’est cet esprit du peuple qui fait que quand vous parlez à un marocain des dunes de notre Sahara, des palmeraies de Ouarzazate ou des  montagnes du Rif,  même s’il n’y a peut-être jamais mis les pieds, ça lui est autant familier que sa région natale.

De même, si l’on devait situer le Maroc sur une carte ontologique du monde, il  serait un empire du milieu, situé entre l’Orient métaphysique d’où se lève le Soleil de la spiritualité, et l’Occident, crépuscule du soleil oriental et aube du Logos Gréco-romain.

Dans ce schéma là c’est le monde qui est périphérique. Et notre centralité est ce qui permet à notre peuple de marier la « tradition et l’authenticité » à la « modernité et au progrès ». Nous acceptons la modernité sans être submergée par elle.

Nous gardons nos traditions et notre authenticité sans nous laisser piéger et engluer par le passé. Nous avançons à notre rythme, et selon notre temporalité.

Ne dit-on pas en Darija « li zrab t’atal » ?

Ou en d’autres termes que « celui qui est trop pressé finit toujours par arriver en retard » ?


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