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Qu’est-ce que le mal ?


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Qu’est-ce donc que le « Mal » ? Voilà une question dont on ne peut se permettre de faire l’économie. Une question, inscrite en « filigrane » dans toute l’histoire de la pensée, et qui le demeurera, tant que l’Homme sera Homme. Ce « Mal », qui dans les manichéismes proto-iraniens, est ontologiquement souverain, et symbolisé par un Dieu du mal, « Ahriman », qui s’opposerait à un « Bien », incarné par un Dieu du Bien, « Ahura Mazda ». Il s’agirait donc d’un mal en soi, d’une extériorité du mal.

Ce même mal, qui pour Saint-Augustin, dans son opposition au manichéisme, voit le mal comme étant le fruit d’une faiblesse de la volonté, en disant dans ses confessions : « J’ai cherché ce qu’est le mal et j’ai trouvé que ce n’est pas une substance, mais la perversité d’une volonté qui se détourne de la souveraine substance – de vous, mon Dieu ». Le mal serait donc un égarement. Tandis que pour Leibniz, que Voltaire ne s’est pas privé de moquer dans « Candide », « voir le mal c’est mal voir », puisque Dieu, étant absolument bon, et que parmi tous les mondes possibles, c’est ce monde là que Dieu a créé, notre monde est donc le meilleur de monde possible.

Une autre représentation, négative du mal, nous est proposée par les néo-platoniciens, pour qui, il serait l’absence du bien, le privant ainsi d’une souveraineté ontologique. Sa négation est faite aussi par Spinoza, pour qui, il n’existerait ni « bien » ni « mal », mais que du bon ou du mauvais, et qui par sa relativisation, nous propose de quitter la morale pour l’éthique. Or, comme le « mal » est une question trop importante pour être laissée aux seuls philosophes, voyant donc un peu ce que la tradition spirituelle pourrait nous apprendre à ce propos.

Or comment parler du mal, sans parler de son avatar symbolique, le « diable », le «diable » qui en grec, « diabolos », signifie littéralement « ce qui sépare », ce qui nous sépare les uns des autres, ce qui nous sépare du monde en quittant l’Etre pour l’Avoir, ce qui nous sépare enfin de « Dieu ». Le mal serait ainsi l’antithèse de l’empathie, il serait donc une « antipathie ».

Mais tandis que l’empathie est un principe actif ontologique, une « Fitra », une nature première de l’Homme, il n’existe pas de « Fitra » du mal. Car le mal, le diable, dans une démarche d’extériorité est toujours une tentation, une invitation, un leurre, un appel, que le Coran illustre dans la Sourate 14 verset 22 en disant : « Je n’avais aucune autorité sur vous si ce n’est que je vous ai appelés, et que vous m’avez répondu. Ne me faites donc pas de reproches; mais faites-en à vous-mêmes. ». Ainsi, on ne fait pas le mal, on y succombe !

Il est là, partout, et nulle part. Il fait partie du « landshaft » à partir duquel nous construisons nos désirs. Il est une tentation, souvent déguisée, dont nul n’est à l’abri. C’est donc une lutte permanente avec soi, et contre soi, un empêchement de soi aurait dit Camus.

C’est le grand Djihad auquel nous invite la tradition, « les traditions », qui loin de nous séparer, rend bien au contraire possible le projet de nous unir, dans une perspective moniste, humaine, et cosmique. C’est une invitation à emprunter le « Droit chemin », le chemin de notre nature première qui traduit la volonté du Divin, qui, loin de nier notre altérité, bien au contraire la nourrit. Car c’est par la lumière, synonyme du Bien, de Dieu, que nous pouvons voir dans la clarté du jour, la pluralité du beau, des couleurs et des formes. Ainsi, souvenons-nous que le « Bien » est toujours « Un ». Tandis que le mal, les ténèbres, sont toujours plurielles.


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