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Porto Rico

Porto Rico dans la tourmente : quelles conséquences pour les prochaines élections américaines?


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Porto Rico

Porto Rico… Eh oui, l’île est surtout connue pour son tourisme, son exotisme, sa beauté… Et depuis quelques temps, pour sa dette, officiellement estimée à 72 milliards de dollars, mais probablement largement sous-estimée.

Si vous ne comprenez pas l’anglais, ce que Alejandro Garcia Padilla, le gouverneur de Porto Rico vient de dire c’est que la dette n’est pas remboursable. Ce n’est pas de la politique, dit-il, c’est mathématique. Alors me direz-vous, comment en est-on arrivé là et pourquoi, mais pourquoi donc je vous parle d’une petite île de l’autre côté du monde ? Eh bien je vous en parle parce que figurez-vous que Porto Rico a un statut un peu particulier. Les Portoricains sont américains, eh oui. Pourtant, l’île n’est pas un état de l’Union, ce n’est pas un territoire autonome, c’est… un état du Commonwealth, dont les citoyens n’ont pas le droit de vote aux grandes élections américaines, notamment présidentielles. Porto Rico a un statut vraiment étrange.

Eh oui, John Oliver a raison, c’est un territoire étranger, en un sens national, cela n’a pas de sens mais par contre, cela a beaucoup de conséquences. Notamment en termes de lois qui régissent la vie publique. Ainsi, l’état ne peut pas se mettre en faillite, les municipalités non plus, d’ailleurs, comme n’importe quelle autre aux États-Unis. L’état ne peut pas emprunter au FMI, comme n’importe quel état souverain, l’état, en fait, ne peut pas faire grand-chose. Jusqu’à peu, l’état était soutenu par des aides fédérales, qui ont été néanmoins sabrées au fur et à mesure… Ben oui, un état pas tout à fait national même si pas tout à fait étranger, ça ne motive pas beaucoup de politiques pour l’aider par des fonds fédéraux. Par contre, histoire de ne pas le laisser totalement dépourvu, les bons du trésor Portoricains sont défiscalisés totalement, que ce soit au niveau local, au niveau de l’état ou au niveau fédéral, ce qui les rends très attirants pour les investisseurs un peu requins.

D’autant que, du fait d’une autre spécificité de la constitution, l’état s’engage à rembourser ses dettes et les intérêts de la dette avant d’assurer ses obligations souveraines envers la population. Ce qui amène à des aberrations totales.

Eh oui, rendez-vous compte des hôpitaux municipaux ne pouvant plus payer leurs factures d’électricité, s’en trouvent dépourvus, tout simplement. Et les fournisseurs qui se gargarisent de leur générosité parce qu’ils n’ont coupé le courant qu’une fois les opérations du jour effectuées ! C’est vraiment, mais alors, vraiment trop gentil.

Au final, la population est extrêmement pauvre, avec un taux d’activité d’à peine 40% de la population, 150 écoles fermées ces derniers mois, un médecin par jour qui quitte l’île et, d’une manière générale, tous les cerveaux qui fuient les caraïbes, leur climat, leurs noix de coco et leurs moustiques infectés au Zika pour se rendre aux États-Unis continentaux, où ils ont une chance de s’en tirer. Ben oui, ils peuvent, puisqu’ils sont américains. Alors, vous me direz, pourquoi je vous parle de tout cela ? Eh bien parce que les fonds vautours, qui ont pris à la gorge Porto Rico, un peu de la même manière qu’ils l’ont fait pour l’Argentine, commencent à faire parler d’eux, aux États-Unis et ça fait désordre.

En avril dernier, les autorités acculées, ont décidé de faire passer une loi controversée pour leur permettre d’imposer un moratoire à leurs créanciers, ne laissant que les 22 millions d’intérêts à payer. Mais cette mesure est contestée, déjà par les fonds vautours et, comme pour l’Argentine, elle est contestée devant des tribunaux arbitraux.  Or, quelle est la situation de Porto Rico dans le cadre des prochaines élections ? Certes, les Portoricains ne peuvent pas voter, donc les candidats ne sont pas complètement à fond pour tenter de les séduire. Mais l’île représente une épine dans le pied des candidats. Pour Trump, remarquez, pas tant que cela : laissez-les clamser paraît être sa politique et on n’en est pas franchement surpris, au vu du reste de sa politique générale. Mme Clinton serait probablement plus susceptible de vouloir soutenir Porto Rico face à la crise mais le Congrès aux mains des Républicains n’ira pas dans ce sens. Pourtant, si l’île est ruinée, sa dette est finalement très peu importante en valeur absolue et il ne faudrait pas grand-chose… Alors que peut-il se produire ? Les prochaines élections à Porto Rico même sont début 2017. Et à cette occasion, tout dépendra de qui deviendra gouverneur. García Padilla ne se représente pas, ce ne sera donc pas lui et pour le moment, la course est incertaine. C’est presque dommage puisque lui voudrait carrément prononcer l’indépendance à défaut d’un soutien fédéral et cela pourrait effectivement permettre à Porto Rico, au moins, de bénéficier d’aides d’organismes comme le FMI. Mais la population locale est généralement plus en faveur du statu quo et continue, en flot de plus en plus important, de quitter l’île comme on quitte le navire, pour chercher fortune sur le continent, constituant une forme d’immigration non régulable puisque déjà citoyenne.


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