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Pédophilie : des peines trop légères


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Et ce matin, dans le monde des Bisounours, on va se poser une question simple, et pourtant… Quand punira-t-on décemment les violeurs d’enfant ?

Hélas, non, nous ne sommes pas encore au pays des enfants, les monstres ne sont pas gentils et quand on les attrape, ils s’en sortent indemnes, ou presque. La semaine dernière, le violeur d’un petit garçon de dix ans, n’a été condamné qu’à six mois de prison avec sursis par un tribunal de Rabat. Le violeur avait pourtant menacé l’enfant d’un couteau avant de le battre puis de le violer. Et là, se pose une question simple : comment une peine de prison aussi légère est elle prononcée alors même que le coupable à non seulement reconnu, mais aussi avoué les faits de lui-même ?

Regardons un peu du côté de la loi. L’article 486 du code pénal marocain définit le viol comme suit : « Le viol est l’acte par lequel un homme a des relations sexuelles avec une femme contre le gré de celle-ci. » Ergo, déjà un homme ne peut pas être violé, un enfant de sexe masculin non plus. Le cas de ce petit garçon, pour indigne et aberrant que cela soit, entre donc dans le cadre des articles 484 et 485, relatifs à  l’attentat à la pudeur. Oui, bel euphémisme. Regardons donc ce que disent les fameux textes, et je cite in extenso :

Article 484

Est puni de l’emprisonnement de deux à cinq ans, tout attentat à la pudeur consommé ou tenté sans violence, sur la personne d’un mineur de moins de dix-huit ans, d’un incapable, d’un handicapé ou d’une personne connue pour ses capacités mentales faibles, de l’un ou de l’autre sexe.

Article 485

Est puni de la réclusion de cinq à dix ans tout attentat à la pudeur consommé ou tenté avec violences contre des personnes de l’un ou de l’autre sexe. Toutefois si le crime a été commis sur la personne d’un enfant de moins de dix-huit ans, d’un incapable, d’un handicapé, ou sur une personne connue pour ses capacités mentales faibles, le coupable est puni de la réclusion de dix à vingt ans. »

On aurait pu croire que le cas de notre enfant victime de dix ans, menacé par un couteau, battu et violé entrait dans la catégorie des attentats à la pudeur commis avec violence sur un mineur. On s’attend logiquement à une peine allant de dix à vingt ans de réclusion criminelle. Pourquoi et surtout, de quoi a été convaincu le criminel pour écoper d’une peine si légère ?

Hélas, il semblerait que les condamnations prononcées à l’encontre des violeurs d’enfants soient rarement aussi lourdes que l’on pourrait l’espérer. L’association Touche pas à mon enfant témoigne de cet état de fait. Ainsi, en août dernier, un homme convaincu de viols répétés sur un mineur handicapé mental âgé de treize ans, n’a écopé que de trois ans de prison. Vous me direz, c’est toujours mieux que six mois avec sursis, mais c’est bien loin des dix ans minimum prévus par la loi en cas d’attentat à la pudeur avec violence sur mineur. Oui, toujours le bel euphémisme. Par contre, ça se rapproche de la peine encourue pour homosexualité. Eh oui, l’article 489 prévoit une peine de six mois à trois ans de prison en cas d’homosexualité avérée. Soit la même peine que celle encourue par les violeurs dont nous venons de parler. Alors avec ça, comment empêcher les prédateurs de chantonner à la sortie des écoles…

Sachant qu’une très grande part des agressions sexuelles sur mineur ne sont pas déclarées à la police, parce que hélas, pratiquées par des adultes référents de l’enfant : parents, éducateurs, etc. Sachant qu’en plus, le code pénal actuel ne reconnaît pas vraiment le viol, seulement un attentat à la pudeur aggravé quand la victime n’est pas de sexe féminin. Quand effectivement le cas est clair, que le violeur admet son crime et qu’il est dénoncé ou pris en flagrant délit, que l’on pourrait donc ad minima le condamner pour attentat à la pudeur, que peut-on faire pour que la justice soit moins indulgente? Vous, moi, je ne sais pas. Mais le jour même du rendu du jugement de Rabat, Maître Hicham Naciri, avocat en droit des affaires essentiellement mais surtout, avocat attitré du Palais a décidé de se joindre à la défense d’une petite fille de 3 ans violée par un commerçant. Je cite ses propos relayés par la presse : « les juges doivent prononcer une peine exemplaire, parce que cela a duré trop longtemps. La pédophilie devient assez banalisée et les peines ne sont pas assez dures. Il faut que ce soit un message clair pour tous les agresseurs sexuels. Et le fait que l’avocat du roi s’implique dans cette histoire est une excellente chose pour la cause». Oui, évidemment, la symbolique n’aura échappé à personne. Et on est tous d’accord : le fait que l’avocat du roi s’implique va certainement durcir la sentence. Mais cela fait se poser la question, tout de même : faut-il que le coiffeur du roi rase gratis un gamin des rues pour que la coupe tcharmil cesse de faire fureur ? Ou peut-on espérer que la justice marocaine protège nos enfants sans intervention ?


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