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Nos amis les européens


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Avec l’Europe, le royaume du Maroc, ou plutôt l’empire chérifien, a de tout temps eu des relations en dents de scie. Quelquefois amis, souvent ennemis, la plupart du temps dans des échanges inscrits sous le signe du rapport de force.

Nous ne remonterons pas jusqu’à la nuit des temps et à cette bataille de Poitiers en octobre 732, quand Charles Martel avait eu raison d’une armée maghrebo-arabe frigorifiée et peu encline à se battre, bras endoloris et moral meurtri ; nous ne remontrons pas non plus, plus haut, aux temps héroïques des conquêtes romaines quand le Gharb était considéré comme le grenier de Rome… Non, on datera le début des véritables relations entre le Maroc et l’Europe à la conquête de l’Andalousie, puis à l’établissement de cités-Etats relevant du pouvoir central représenté par les différentes dynasties qui se sont succédé sur le trône marocain.

Sautons encore quelques siècles pour en arriver aux relations entre Louis XIV et Moulay Ismaïl, deux rois soleil, deux rois despotiques, mais grandement despotiques. Passons également sur cet épisode peu connu, quand en 1776, en pleine guerre d’indépendance américaine, le souverain anglais, au fait de la puissance militaire des Marocains, avait proposé au sultan de transporter par bateau anglais les troupes marocaines jusqu’en Amérique, puis se partager le butin. On ne sait pas vraiment pourquoi le sultan avait refusé cette généreuse offre de se partager les futurs États-Unis.

Mais non, le Maroc avait préféré être, on le saura, le premier à reconnaître le gouvernement américain.

Les relations avec l’Europe ont basculé avec la révolution industrielle, quand nous, nous avions persisté dans notre sous-développement et eux avaient démarré. La suite, on la connaît. Les pays européens qui arrivent, s’agglutinent, chacun voulant un petit morceau du grand Maroc. L’Espagne guettait, la France prêtait, l’Allemagne s’apprêtait, et même la petite Belgique s’entêtait… Finalement, le Maroc, ayant pris la forme d’un gâteau à Algésiras, a été soigneusement découpé, avec un nord espagnol, et le reste français.

1956, l’indépendance, puis l’interdépendance, puis la dépendance. Le Maroc a commencé à travailler avec l’Europe qui grossissait, épaississait, ses appétits physiques prolongeant ses visées morales. Le Maroc a toujours été plus ou moins traité par-dessus la jambe, avec l’adhésion de l’Espagne et du Portugal en 1982 et les restrictions sur les agrumes, puis avec les questions de pêche dans les années 90 et 2000, toujours avec l’Espagne, et d’autres nations européennes aussi.

Dans les années 90, Hassan II avait émis l’idée que le Maroc, dans le sillage de la Turquie, puisse envisager une entrée au marché commun. Mitterrand avait eu cette perfide réponse : « J’ai dit non, car le Maroc étant africain, il ne peut adhérer à l’Europe ».

Aujourd’hui, l’Europe continue son jeu. Aujourd’hui, elle veut faire affaire avec le Maroc, lui vendre ses voitures, ses centrales, ses TGV, ses bus et ses Airbus, tout et le reste aussi ; mais, prise dans un légalisme aussi déplacé qu’intéressé, elle considère que le Sahara n’est pas marocain. Il avait fallu que Rabat rompe en janvier 2016 ses relations avec la Commission européenne pour que les grandes nations du Vieux Continent se réveillent, et agissent dans un sens plus respectueux de l’intégrité territoriale du Maroc.

Et aujourd’hui encore, la Cour de justice européenne a annulé son arrêt arguant que le Sahara n’est pas encore marocain, mais en disant qu’en fait il ne l’est effectivement pas, ouvrant la voie aux interprétations de commissaires en mal de pub et d’audience. Et là encore, Rabat, par la voix d’Akhannouch, a haussé le ton, froncé le sourcil, durci la voix, frappé des pieds et agité les mains.

Maintenant que le Maroc a retrouvé sa famille africaine, avec laquelle il compte commercer et avancer, pourquoi ne pas laisser l’Europe en butte à ses problèmes, lui tourner le dos, l’abandonnant au Royaume-Uni qui s’en va et à Donald Trump qui s’en vient ?

Tournons le dos, un peu, à nos amis européens, et tournons-nous vers nos (vrais) amis africains ! On verra bien alors…


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