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Marocain

Marocains sans frontières


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On peut lire sur TheConversation.com un article d’Alain Policar, chercheur en science politique à Sciences Po Paris. Il s’intitule : Contre l’hystérie identitaire, le cosmopolitisme. Le premier paragraphe gagne l’attention, en ce qu’il pose d’emblée qu’invoquer la fraternité, abstraitement, ne peut suffire. On est ensuite, malgré tout, dans une morale guère plus suffisante, mais au moins consciente et énonçant clairement que beaucoup des inégalités — entre les hommes d’aujourd’hui — doivent leurs existences à des institutions de la mondialisation comme l’OMC, le FMI ou la Banque mondiale. Raison pour laquelle il appelle à une justice tout autant mondialisée.

Évidemment, ce n’est pas la CPI qu’il a en tête. Non, il part de l’intime de l’individu humain. Ce qui repose et change un peu des grands ensembles essentialistes et essentialisants. Il appelle à un cosmopolitisme, on l’aura compris, où chaque individu serait conscient de ce qu’il a en lui qui dépasse l’appartenance — nationale, religieuse, sociale, etc.

Policar estime que c’est ce dépassement, qui n’exclut pas les liens existants, au demeurant, qui peut fonder un « en commun ». Oui, il cite ici le mot d’Achille Mbembe, et rappelle que l’on « ne peut créer du commun qu’entre étrangers ». Il conclut, enfin, à propos de la « question migratoire » (soit dit en passant, le fait d’accoler ces deux mots, « question » et « migratoire » est terrifiant !) en citant Frères migrants de Patrick Chamoiseau et ce que celui-ci nomme « mondialité » :

« Citoyens de cette mondialité, les voici inclassables – à la fois clandestins bannis expulsés expurgés exilés désolés voyageurs tapageurs réfugiés expatriés rapatriés mondialisés et démondialisés, dessalés ou noyés, demandeurs d’asile, demandeurs de tout ce qui peut manquer aux vertus de ce monde, demandeurs d’une autre cartographie de nos humanités ! »

Ainsi, le chercheur, avec ses moyens, là où il est, cherche comment éveiller les consciences sur un continent dont on déplore, à bon droit, qu’il s’endorme en laissant se noyer des milliers de gens, hommes, femmes et enfants, à proximité de ses côtes. Et c’est un beau terme, en effet, que celui de mondialité. Terme marocain, d’ailleurs, puisque les textes officiels évoquent non seulement les « multiples affluents » — subsahariens, orientaux, amazighs, juifs et autres —, qui font la marocanité, mais, aussi, revendiquent que les Marocains d’ailleurs sont porteurs de la mondialité de cette même marocanité.

Cette affirmation d’une humanité en partage et partagée ne manque pas de s’appuyer sur une Tradition qui, si elle est ancrée, ne peut en aucun cas être qualifiée d’« identitaire », malgré les nombreuses tentatives d’arraisonnement dont elle est victime. Elle s’est donnée, à sa fondation, dès la Révélation, comme universelle, et adressée à tous — oui, tous les humains, mais « sans contrainte », avertissait-elle.

Mais alors, comment, à quelques jours du mois de Ramadan, vaquer à ses occupations tout en sachant que là, aux portes de Figuig, quarante et un réfugiés, dont 17 enfants de 2 à 14 ans, sont abandonnés au désert d’un no man’s land frontalier ?

Jan Garbarek avec Ustad Fateh Ali Khan, et ses musiciens du Pakistan, publiaient en 1992, sur le label ECM, l’impressionnant album Ragas and Sagas.


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