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Manifestations en Pologne : 240 000 personnes levées pour l’Europe


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La loi de proximité fait qu’il y a certains pays dont on ne parle jamais, ou presque. C’est le cas de la Pologne, notamment. Oh, on a vaguement compris, vu de loin qu’elle faisait partie de ces pays exportant des plombiers et qu’elle refusait d’accueillir des migrants, comme sa voisine la Hongrie d’Orban, par exemple, mais hormis cela… Qui sait seulement qu’il y a six mois est arrivé au pouvoir un parti, le PiS, qui signifie Droit et Juste, qui refuse tout bêtement le jeu démocratique ? C’est bien simple : six mois de gouvernement à peine et ils retoquent les lois anti-discrimination, veulent interdire toute possibilité d’avortement, y compris en cas de danger pour la mère et l’enfant et refusent d’accepter les décisions de la cour constitutionnelle. D’ailleurs, la Constitution, ils veulent la changer. La presse nationale est au pas, les discours deviennent dangereusement martiaux, on parade en uniforme dans les églises le dimanche avant que les prêches ne se fassent l’écho des décisions que les autorités religieuses veulent voir prise en matière de moralisation de la vie publique. Bref, y a quelque chose de pourri au royaume de la Pologne.

Alors c’est vrai que le PiS a obtenu le pouvoir, qu’il a convaincu une part importante de la population, exaspérée par des années de prévarication, de mauvaise gestion, etc. C’est vrai que 90 % des Polonais se disent croyants et pratiquants. Jean-Paul II était polonais, d’ailleurs. C’est vrai que le poids de l’église y est énorme et l’ouverture sur l’autre très limité, avec de nombreux crimes racistes et beaucoup de difficultés à accepter les différences ethniques régionales. Bref, dans l’ensemble, la Pologne, c’est pas Bisounoursland. Ceci dit, c’est tellement facile, vu de loin, d’avoir une image manichéenne des choses. V’la le spectre de l’Europe brune, le doigt sur la couture du pantalon, racrapotée sur des valeurs pronant la haine de l’autre et la peur du voisin…

Dans la réalité, la Pologne est, comme ailleurs, partagée entre plusieurs tendances, plusieurs craintes, une crise économique, une crise de la crédibilité politique, bref. Une crise systémique, quoi. Et puis, la Russie, juste à côté, fait peur. D’ici quelques jours, d’ailleurs, des manœuvres de l’OTAN comprenant plusieurs milliers de soldats devraient permettre de réaffirmer la défiance du pays vis-à-vis de l’hyper-Russie de Poutine. Et le gouvernement actuel, s’étant fait, comme souvent, élire sur les principes de la pureté, la moralité et les valeurs nationalistes, joue sur tous les tableaux. Ainsi, toute opposition veut destabiliser la Pologne et la jeter dans les bras de la Russie. Mais dans le même temps, l’Europe, qui pourrait être considérée comme un rempart naturel contre la Russie est vendue comme étant l’ennemi public numéro 1, voulant détruire les valeurs de la Pologne éternelle, s’imiscant dans la politique quotidienne, source de toutes les compromissions et de toutes les horreurs, déferlement de migrants culturellement dangereux en premier lieu, d’ailleurs. Et ce discours, il passe dans la psyché d’une population qui certes, a connu beaucoup de changements ces dernières 25 années mais qui a malgré tout une histoire récente difficile et un rapport à l’ouverture complexe. Ergo, oui, en Pologne, on a défilé en défiance des migrants et surtout, il y a six mois, on a élu le PiS.

Quelques milliers de personnes contre les migrants, quelques manifestations ont donc appuyé politiquement le gouvernement, qui, à la suite d’Orban s’inscrit dans le groupe Visegrad – Budapest, Varsovie, Bratislava et Prague pour refuser et les migrants et les sanctions économiques que l’Europe a prévu d’imposer à ses membres qui ne joueraient pas le jeu. Quelques milliers, oui… Mais samedi, jour célébrant l’Europe, c’est 240 000 personnes dans les rues de Varsovie qui ont défilé pour déclarer leur engagement européen. Et ça n’est pas rien : c’est même la manifestation la plus importante depuis la chute du communisme. C’est dire si se joue-là quelque chose dont tout le monde a conscience que c’est essentiel.

C’est le Comité de la défense de la démocratie (KOD), une initiative civique, qui a organisé la manifestation. Mais presque tous les partis d’opposition se sont joints au mouvement dès sa conception, et notamment : la Plate-forme civique (PO, libéral), Nowoczesna (libéral) et le Parti paysan polonais (PSL), les extraparlementaires Alliance des gauches démocratiques (SLD) et les Verts. Un seul mot d’ordre « Nous sommes et resterons en Europe ».

L’ambiance, d’après les correspondants étrangers, est électrique, avec des discours assez enflammés sur la résistance à un gouvernement qui veut rassembler, au mépris de la constitution actuelle, tous les pouvoirs en ses mains. Opposition constitutionnelle, je le disais, modification des lois régulant les mœurs ou les valeurs d’intégration, le sentiment dominant est que le PiS veut réaliser une révolution conservatrice totalitaire qui ferait passer la Pologne d’une voie de transition démocratique à un retour à un nationalisme fort et répressif. Alors, est-ce que 240 000 personnes dans les rues de Varsovie, contre une majorité ayant voté pour le PiS suffiront à changer le destin du pays ? Je ne sais pas, mais il importe de comprendre que la dérive européenne n’est pas une fatalité, c’est un combat et un débat, au quotidien, partout, entre manif et mouvements de refus de consentement.


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