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Les femmes sont-elles une minorité comme les autres?


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Alors aux Matins luxe, ça va, des femmes, il y en a. Et si l’on compte Sara Rami et Yasmina Kadiri, on est même majoritaires. Pourtant, ce matin encore – une fois de plus, vous direz – il est temps de revenir sur un paradoxe que je n’ai jamais compris : pourquoi les femmes, qui représentent un peu plus de la moitié de l’humanité sont-elles traitées comme une minorité ?

Oui, non, alors là, comment dire ? C’est vrai qu’aux Matins Luxe, encore une fois, les chefs d’orchestre, qui tiennent l’émission sont deux co-animatrices. Mais dans l’ensemble, dire que les femmes dirigent le monde, c’est soit une exagération flagrante, soit un déni de réalité, soyons clairs. Non, parce que les femmes sont généralement moins payées que les hommes, ont souvent des emplois subalternes, sont moins présentes en politique, bref… On n’est clairement pas représentées en regard de notre importance statistique, quoi. Ce qui explique certainement cette histoire de minorité. Seulement, ça pose un problème à la base que j’accepte assez mal.

Ben oui, quand on parle de problème de genre, on ne pense pas aux hommes, de même que quand on parle de problèmes raciaux, on ne parle pas des blancs. En fait, c’est toujours la même chose, quand on problématise une situation de discrimination, on ne parle jamais du groupe dominant, seulement du groupe dominé. Et c’est pareil pour tout, tenez, si on évoque l’orientation sexuelle, est-ce qu’on pense à l’hétérosexualité ? Non, bien sûr que non, on veut juste être polis pour évoquer l’homosexualité, ou éventuellement la bisexualité. Alors, c’est un biais bien connu et qui ne va pas sans poser de nombreux dilemmes à ceux qui s’y trouvent confrontés. Accepter la chose et aller au bout de la logique revient à plébisciter les solutions de discriminations positives, de manière à compenser une discrimination négative perçue finalement comme étant presque inévitable, même inconsciemment. Je laisse le soin à chacun et souvent, à chaque culture, parce que d’un pays à l’autre, on n’a pas le même regard sur la chose, de répondre à ce choix difficile d’y voir une solution ou un nouveau problème potentiel. Mais en ce qui concerne les femmes, la question se pose à mon avis de manière un peu différente.

Je ne peux pas accepter comme une évidence à laquelle il faut se résigner que la moitié de l’humanité soit traitée, même de manière inconsciente, comme étant inférieure. Autant vous dire que j’ai bien du mal avec ceux qui expliquent tout à fait clairement la chose, mais passons. Je n’accepte pas le racisme non plus. Or les femmes appartiennent aujourd’hui, plus du fait du politiquement correct que du sexisme d’ailleurs, à la catégorie des minorités à quotas. Tant de femmes en politique, tant dans la direction des entreprises, comme on a au moins un noir dans l’équipe des héros de films américains, et un hispanique. Et si je peux comprendre que cela réponde à une logique, oui, nous sommes discriminées, je dirais au même titre ou presque ! Je trouve quand même que loin de nous sortir de l’ornière de l’inégalité, cela nous enfonce. Car cela amène à des aberrations, des inversions de système de pensée, comme celle, magnifique, du fameux plan Ikram pour l’égalité en vue de la parité. Eh non, la parité n’est pas le but, c’est l’égalité qui doit l’être, la parité n’est qu’un moyen, pas même très efficace.

Comme si, toujours, pour être une femme socialement acceptée ou acceptable dans le travail ou habilitée à s’exprimer, il fallait s’affirmer libérée, ou bien féministe. Une athlète gagne-t-elle un prix, on lui demande ce que ça lui fait, en tant que femme. Une scientifique fait une découverte extraordinaire en, je ne sais pas, moi ! Physique quantique, on lui demande ce que ça représente, en tant que femme. Si elle est mère, on lui demande si elle a su concilier sa recherche à son rôle de maman. Bref, avant d’être quoi que ce soit d’autre et pour toujours, on est femme. Or je vais vous dire, de la même manière que je suppose, les hommes, on ne pense pas à notre féminité plus que cela. On est femmes, oui, bien sûr. Comme on a des pieds, comme on respire. C’est naturel, c’est comme ça, on ne le remet pas en cause et ça n’affecte pas spécialement l’ensemble de nos pensées. Quand on y réfléchit, bien sûr, on trouve ça formidable, parfois pénible, mais bon… La majeure partie du temps, je suis mère avec mon fils, chroniqueuse à la radio et je respire tout le temps.

Et là encore, le piège se referme. C’est encore une femme qui dénonce cette situation. Une féministe, autant dire, sans doute, une hystérique. On la connaît tous, cette rengaine là. Pourtant, me taire serait accepter l’inacceptable. Alors juste demander, avec de la bisounoursie, sans doute, mais de l’espoir malgré tout, que les hommes de bonne volonté nous rejoignent de l’autre côté de cette barrière des minorités ? Qu’il ne s’agisse plus d’un combat surréaliste opposant une moitié de l’humanité à l’autre, d’autant que ce n’est pas vrai, une bonne part des femmes sont également sexistes, mais ceux qui croient justifié d’honorer un sexe au détriment de l’autre versus ceux qui estiment, comme moi, que c’est tout simplement aberrant. Des initiatives #HeforShe, si vous voulez, mais pas tellement pour nous, les femmes, juste pour une humanité réconciliée avec sa nature sexuellement duale. Qu’on aime bien, dans certaines circonstances !


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