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L’Aid el K’bir, fait social total…


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Dans quelques jours, nous célébrons ce qu’il est convenu d’appeler l’Aïd El K’bir… Ou plutôt… l’Aïd El Adha, et pourquoi pas l’Aawacher, et même, si l’on aime les digressions de toutes sortes qu’offre la traduction, la Fête du mouton – dont les prospectus et autres réclames diverses et variées, pas toujours très fines du reste, nous offre déjà le florilège de représentations quelquefois hasardeuses, du reste…

Alors, déjà, le langage, – comment nommer ce moment ? Faut-il lui réserver – par l’emploi d’un qualificatif qui renvoie à la grandeur, – la place suprême, parmi nos célébrations… Faut-il, aussi, considérer ce moment comme relevant d’abord, et surtout, du sacrificiel… Régime des appellations, – charge et dispositions symboliques, hiérarchies -, il y a là, matière à de passionnantes réflexions… Et si, au fond, tout était, en matière de nomination, tout à fait possible ?

Une manière de dire, qu’au fond, que les circonstances, les appropriations ont, d’une certaine manière, déjà entamé un dialogue fructueux, ouvrant un espace sémantique et symbolique où le possible et la liberté se parlent et où, d’autres questions peuvent donc être posées…

Et si l’Aïd El Kbir était un fait social total ? On connaît la notion, – chère à Marcel Mauss, de ce concept qui dit les liens divers, les croisements, les relations visibles et invisibles – que créent des pratiques sociales, et les ramifications de toutes sortes qu’elles autorisent à chercher, – et, si l’on peut, à repérer…

S’agissant du moment dont nous parlons, – et au-delà de la dimension religieuse, symbolique – ne peut-on penser que l’Aïd El Kbir fait intervenir des aspects multiples, permettant l’hypothèse, mais qu’il faudrait vérifier par une véritable étude – d’un fait social total… Mais qu’il conviendrait de déplacer, sur le terrain, bien sûr, de l’Économie…L’Aïd El Kbir, avec ses milliers de bêtes achetées et vendues, – le jeu d’offre et de demande qu’il crée, l’inflation qu’il provoque, les volumes de transaction qu’il génère – parlons comme à la Bourse – suppose, et même exige, d’être traité comme une aubaine, une manne, et dès lors, – ne permet plus de poser la question – et c’est là bien l’une des première des contradictions qu’il met à jour…

De sa légitimité, si le pouvoir d’achat n’était pas au rendez-vous… Éludée, l’idée que l’Homme de peu est, de fait, dispensé de sacrifice si ses moyens ne le lui permettait pas… Mais par contre, et c’est là le comble, dans cette affaire, – l’Homme de peu, doit, au contraire, non seulement s’acquitter de l’achat de la bête, – mais s’il lui passait par la tête la simple idée d’acheter selon ses petits moyens, un petit mouton, voilà qu’il serait immédiatement confronté à une autre dimension du Fait social total…

Pas question de rentrer à la maison, pas question d’exhiber un animal qui, par son poids, sa taille, son pesant de viande et de laine, ne soit pas le blason de la famille, – et le nom d’un étrange et révoltant rapport de concurrence avec un voisinage qui n’aura de cesse de vérifier la capacité d’un chef de famille à l’être, d’un père dont les dimensions de dignité et de virilité se jouent en fonction de la dimension d’une bête à corne,  devenu la jauge et le juge d’un individu souvent économiquement non-viable… Enfermé, pris en tenaille, et totalement assujetti, non pas à lettre de la loi religieuse, mais à celle du regard des autres…

Ainsi ne faudra-t-il pas s’étonner de voir des hommes vendre leur mobylette, leur outils de travail, s’endetter, et pourquoi pas s’en remettre à des actes délictueux plutôt que de se voir comme des sous-hommes…

Ou est, dans cette affaire, le sacrifié – il se peut bien qu’il y soit au nombre de deux… L’animal, immolé, – le père, le frère, mais aussi, désormais – la mère ou la fille qui peuvent, aussi revêtir l’habit de chef de famille, – et l’on verra alors un mari, des fils, – renvoyer l’ovin trop maigre, et lui interdire le droit de passer le seuil de la maison… Que dire, aussi, de cette idée que le jour du sacrifice est aussi celui où tant de vocations voient le jour… Oui, pourquoi cette soudaine prolifération de bouchers free lance…

La réponse est simple, – c’est qu’il n’y a pas de petits profits et que, les traditions ancestrales nous l’enseignent, si tant est que veuille les écouter, – il y aussi, peut-être, quelque chose de l’ordre de l’initiation des mâles, – ce qui donne à penser la frontière entre le Féminin et le Masculin, littéralement effacé par les lois de l’Économie… On le voit, l’Aïd El Kbir mérite une étude approfondie, pour être la commémoration et la fête qu’il signifie, débarrassé des charges, autres que symboliques et spirituelles que l’on fait peser sur lui. Et de fait, sur tant d’autres…


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