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Idya

Je suis Idya


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Idya

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler un peu de moi. Vous comprendrez alors peut-être un peu mieux mon désarroi face au décès de la petite Idya. Je suis né dans une petite bourgade de la vallée des roses au milieu d’amazighs possédant peu certes, mais fiers et courageux et surtout, ayant foi en Dieu et confiance en leur Roi. Heureux dans leur vallée verdoyante et nourricière, peu songeait à la quitter. Car sur cette terre, ils se sentaient chez eux quelle que soit leur religion. Beaucoup leur ont contesté cette terre, certains l’ont même prise temporairement. Les français en dernier lieu.

Ces français, à défaut de pouvoir emporter la terre, ont finalement emporté les bras de certains de ces amazighs durs au mal et peu rétifs à la tâche. Deux de ces bras appartenaient à mon père. Mes petits bras maigres de petit enfant de sept ans ont également été emportés…dommage collatéral. Il ne leur a toutefois pas été demandé de travailler ni de participer à la reconstruction d’un pays détruit par l’extrémisme, le nationalisme et la haine.

Non, au lieu de cela, ces petits bras ont pu bénéficier d’une scolarité publique d’une grande qualité, d’enseignants dévoués, de voisins et de petits camarades bien disposés sans que jamais ne me soit posée la question de mon identité, de mes origines ou de ma religion. Nul n’a cherché à nous empêcher d’être ce que nous étions. Nul ne nous a demandé de dissimuler nos croyances ou nos traditions.

Au lieu d’avoir la petite école coranique du village et les haies de roses comme seul horizon, l’école publique française m’a donné le monde comme horizon et ma force de travail comme seule limite. Immigré et enfant d’Immigré, la France m’a donné accès à la même éducation, aux mêmes soins, aux mêmes droits et aux mêmes devoirs que ses fils et ses filles. Et je suis devenu l’un de ses fils sans avoir à renier ni ma foi ni mon roi.

Cette ouverture sur le monde et cette double culture m’a finalement conduit à rentrer dans mon premier pays fort des apports de mon second pays et à y développer mon activité, à y créer de l’emploi et de la richesse et à bâtir des liens entre ces deux pays, entre ces deux parties de moi-même. Ainsi, une école publique et un système de santé publique de qualité permettent de donner à chacun, sans distinction aucune, la chance de se forger un destin ou à tout le moins une vie digne.

Cette chance, le Maroc de 1977, ne pouvait pas la donner au petit amazigh que j’étais. La providence a voulu que la France la lui donne. Et cette chance a été saisie. Cette chance, malheureusement, le Maroc de 2017 ne peut toujours pas la donner aux petits amazighs. Et la France de 2017 ne veut parfois plus la donner. Les amazighs ont beaucoup donné, au Maroc et à la France notamment. Ils ont eu très peu en retour.

Et c’est ainsi que la petite Idya, lumineuse petite amazigh d’à peine trois ans, pas plus haute que trois pommes de Midelt, s’est vu privée de la possibilité non seulement d’avoir un destin mais plus grave encore de la simple possibilité de vivre. Elle s’est éteinte… à jamais. Pourquoi, aujourd’hui encore, en 2017, de petits amazighs doivent mourir de maladies pourtant aisément curables faute de structures de soins à proximité ? Pourquoi faut-il faire 500 kilomètres pour aller mourir à Fès quand on habite Tinghir ?

Pourquoi, aujourd’hui encore, en 2017, de petits amazighs doivent renoncer à toute chance d’avoir un destin faute d’une école publique de qualité ? Certes, le Draa Tafilalet, c’est le Maroc inutile mais ses habitants ne le sont pas, ce sont des marocains comme les autres. Et pour peu que nous leur donnions leur chance, ils peuvent accomplir des choses respectables et contribuer à leur niveau au développement du pays et même du monde pour certains d’entre eux.

Chacun est fondé à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité et ce grâce à l’effort de tous et à la solidarité nationale. Pourquoi moi et pas Idya ? La petite Idya est morte et nous ne pouvons plus rien y changer mais nous pouvons faire en sorte qu’elle ne soit pas morte en vain. C’est ce que notre conscience ordonne, c’est sans doute ce que Dieu veut et certainement ce que notre Roi commande. Alors réagissons ! Réagissez Messieurs les responsables !


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