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Fraternisons, de gré… ou de force !


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La loi, principal soubassement de la justice, vous dit : ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qui vous fût fait. Et je vous dis : faites aux autres ce que vous voudriez que les autres fissent pour vous. Ces deux phrases résument à elles seules l’abysse philosophique qui sépare la justice de la fraternité. Elles tracent une ligne de démarcation, absolue, infranchissable et de mon point de vue irréconciliable, entre l’idéal de justice et l’idéal de fraternité.

Si l’on y réfléchit bien, la justice n’est qu’une étape intermédiaire, une sorte de renoncement alors que la fraternité est une ambition, un achèvement, un dessein digne d’être poursuivi. Comme l’ont si bien dit d’autres avant moi, la justice est d’humeur lorsque la fraternité, compagne de l’effort, est de pure volonté. En effet, la justice vise essentiellement à refréner, à rétablir ce qui est déséquilibré, brisé, insuffisant ou excessif. La justice porte en germe une image détestable de l’homme, elle vise à le corriger, à l’amender à arbitrer ses relations avec les autres. Elle maintient la séparation, la césure matérielle et morale entre moi et l’autre. C’est un outil, un instrument exogène qui vise à équilibrer les relations entre moi et l’autre.

Et beaucoup d’entre nous malheureusement d’applaudir cette justice et de considérer qu’il s’agit là d’un fantastique principe de vie dont il faut assurer la propagation au sein de l’humanité entière. Œil pour œil, dent pour dent, impeccable équilibre d’une justice arithmétique dont on n’est pas encore totalement sortie. Et si les larmes ne se monnayent pas, elles finissent toujours pas être chiffrées et irriguer le compte en banque de la victime et de ses conseils.     

La fraternité, au contraire, tend à gommer tout ce qui me sépare de l’autre, à réunir ce qui est dispersé, à vivre à travers l’autre et à faire vivre l’autre à travers moi. Nul besoin de faire souffrir l’autre pour réparer la souffrance qu’il m’a infligée. Nul satisfaction à le punir. De ce point de vue, la fraternité s’inscrit dans une démarche totalement différente de celle de la justice, elle ne vise pas à punir ou à réparer mais à construire et à dépasser.

La fraternité porte en elle une vision optimiste de l’Homme et de sa nature là où la justice ne voit en lui qu’un loup dont il faut réprimer les ardeurs, domestiquer les comportements et sanctionner les excès. Pour se réaliser pleinement, la justice doit impérativement être complètement révolutionnée et reconstruite sur des bases nouvelles dont le pilier principal devrait être la fraternité.

Vous le savez tous mes chers amis, la Loi se contente la plupart de temps d’ordonner de ne pas faire ce qui est considéré comme nocif à l’individu et à la communauté. Elle se borne à rappeler que le droit de chacun a pour limite le droit de ses semblables. La justice ne peut donc faire autre chose que reconnaître cette limite et essayer de la faire respecter. Si elle permettait à quelques-uns de la franchir, ce serait au détriment de quelques autres.

Cette vision cadastrale de la justice et du droit n’est pas, n’est plus acceptable notamment pour les Hommes de bonne volonté dont la recherche de la concorde universelle par le perfectionnement de l’humanité prime sur toutes autres considérations. C’est pour cela que la justice a plus que jamais besoin de la fraternité. Certes la loi actuelle n’interdit pas la fraternité ni les actes de dévouement ou de générosité ? Mais ira-t-elle jusqu’à les ordonner ? Au même titre que l’on vous ordonne de vous arrêter à un passage piéton ?

Je pense qu’elle le devrait et je suis persuadé que nous pourrions entrer dans une nouvelle ère pour nos semblables si nous décidions dorénavant d’utiliser la loi et la justice pour ordonner la fraternité, pour enfin nous adresser à notre volonté plutôt que de la borner à réprimer nos humeurs ! Alors que la justice s’est donnée pour mission de constater et faire respecter la limite des droits réciproques des uns et des autres, la fraternité vise à réaliser la concorde universelle et à faire directement le bonheur des Hommes, en encourageant et en exigeant des actes de dévouement, d’abnégation et de sacrifices mutuels.

La loi ne se bornera plus alors à seulement imposer la justice, elle aspirera également à exiger la fraternité. La fraternité légale comme première étape avant la fraternité véritable. Et alors nous pourrons cesser de dire que dans ce pays nous voyons bien la liberté, la paix et l’ordre mais que nous n’y voyons pas la fraternité.


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