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Elites engagées mais élites non écoutées… La fin des leaders d’opinion


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Vous avez vu le nombre de stars américaines qui ont déclaré vouloir fuir le pays si Donald Trump était élu ? Ah il y en a pour tous les goûts, hein. Cher, Miley Cyrus, Whoopi Goldberg, Jon Stewart, Neve Campbell, John Oliver, Samuel L. Jackson, Georges Takei ou encore Georges Clooney, tous se sont prononcés pour un exil au Canada, en Amérique du Sud ou sur la lune pour fuir la cata, parfois via les réseaux sociaux mais parfois même en développant carrément des articles sur cette question et sur tous les arguments méritant d’être soulevés contre le candidat. Dans un pays comme les États-Unis, où on discute fort peu de politique et où le plus souvent, les stars évitent de faire étalage de leurs convictions politiques, c’est assez étonnant.

Oui, bon, on ne va pas non plus pleurer pour toi, Donald. Parce qu’en vrai, toi, ton attitude réelle, ça serait plutôt…

En même temps, faut dire que concrètement, sa campagne est un immense succès. Etat après état, il gagne. Alors il est vrai que si le système décide de soutenir un des deux autres candidats à la primaire et faire basculer tous les représentants des autres camps, on peut se retrouver avec une situation absurde où le vainqueur des primaires n’est pas celui qui a remporté le plus d’états. Cependant, la manœuvre serait tellement grossière qu’elle risque d’entraîner de gros problèmes pour le modèle démocratique des États-Unis, donc il n’est pas du tout certain que ce soit souhaitable. Mais revenons à nos moutons, parce que ce n’est pas le sujet du jour. Comment ça se fait que les citoyens n’écoutent plus leur « leaders d’opinons » ou les « stars » ?

Oui, cela tient peut-être à la personnalité de Donald Trump, qui se présente comme le rêve américain incarné, et cet imaginaire dépasse en puissance toute la crédibilité combinée d’une Cher ou d’une Miley Cyrus. Bon, franchement, je comprends.

En même temps, dans le lot, on a des Georges très engagés depuis toujours. Oui qu’il s’agisse de Takei ou de Clooney, eux ont des convictions et se sont engagés pour, et là, clairement, ils se sont engagés contre. Ils sont suivis par des millions de fans aux États-Unis et malgré tout, cela ne suffit pas à infléchir la course folle de Donald.

Allez, ne te fâche pas, mon canard ! Finalement, tu n’es pas non plus un cas isolé. En Europe, c’est pareil. Vous croyez que les gens écoutent quand Anthony Delon, Patrick Bruel, Nagui, Yannick Noah ou même Jean-Marie Le Clézio qui, pour le coup, est un peu plus crédible en tant qu’intellectuel leader d’opinions déclarent vouloir quitter le pays si Marine le Pen gagne ?

Tout le monde s’en moque et Marine va de mieux en mieux, merci pour elle.

Ah oui, mais alors là, Diam’s, depuis que tu t’es voilée, tu es presque une publicité pour Marine dans l’esprit des islamophobes, donc n’en parlons même pas. Bref, le constat est le même des deux côtés de l’Atlantique : si, pour Marine comme pour Trump, le système a potentiellement les moyens d’éviter qu’ils ne soient élus, les gens ne sont pas tellement dupes. Et non seulement les gens manifestent ainsi leur rejet de la politique classique mais aussi, je crois, un retour à l’idée de lutte des classes, avec nos célébrités de l’autre côté de la barricade morale.

Oui, bon, là, il s’agit de manifester contre la loi travail, donc ça n’a rien à voir, mais ce sont les mots qui me frappent. Le bourgeois, spectre des années 70 avait disparu de notre vocabulaire. Il revient. Les stars, ces personnes qui gagnent des sommes folles parfois pour dire ce qu’elles pensent, parfois pour nous vendre du café, parfois pour être belles ou provocantes ou pour mettre des photos de nus sur Instagram ont beau être suivies jusqu’à l’obsession, elles ne sont plus écoutées que pour leurs clashs et non leurs opinions. Et on les observe avec la même curiosité malsaine que l’on a pu avoir pour une noblesse dévoyée que l’on a finie, un peu partout, par renverser quand ses fastes étaient trop absurdes par rapport à la misère du peuple. Les candidats antisystème sont antitout, en fait, y compris tout système de régulation du consentement. Ben oui, parce que je reviens toujours à la théorie de Lippmann qui a régulé la vie politique de l’ensemble du XXème siècle : fabriquer le consentement, via une presse dévoyée, un langage lénifié et de la culture, dont chaque strate, bien séparée des autres, va pouvoir inspirer le peuple à voter dans le sens souhaité. Non seulement les gens ont conscience de la manœuvre et ne croient plus les médias, les partis politiques classiques, etc. Mais ça y est, le dernier stade est achevé, ils ne croient plus non plus leurs idoles culturelles. Alors, la prochaine étape, c’est quoi ? Donald Dump au pouvoir ?

Ça fait peur.


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