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Des opportunités certes, mais de sérieux obstacles à franchir et des freins à lever


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Jeudi dernier, la fondation Attijariwafabank était encore au rendez-vous du débat constructif et citoyen en organisant dans le cadre de son cycle « Échanger pour mieux comprendre » une rencontre d’experts économistes ayant pour thème : les perspectives économiques 2016, opportunités à saisir et obstacles à lever.

Cette rencontre, que j’ai eu le plaisir d’animer et de modérer, fut un moment précieux pour analyser et comprendre la situation économique, ses impacts financiers et sociaux mais aussi élaborer et partager dans une démarche constructive et citoyenne des recommandations pertinentes pour le monde économique et politique.

Dans la même veine, je voudrais saluer l’initiative prometteuse conduite à travers la création du « Club Afrique développement », conçu comme un centre de réflexion, de partenariat, de services et d’investissement car l’avenir économique du Maroc se situe aussi, ne l’oublions pas, en Afrique.

Dans un contexte de sécheresse quasi-officielle, le HCP avait précédé les débats de la fondation en annonçant la veille des prévisions de croissance du PIB mauvaises et divisées par deux pour 2016 à 1,3% seulement contre 2,6% initialement prévus.

Bien sur, il y a des motifs de satisfaction et d’optimisme : Le prix du pétrole est au plus bas, les succès du PAI au niveau automobile et aéronautique sont bien réels, les perspectives africaines du Maroc sont encourageantes… mais ne nous voilons pas la face… l’économie marocaine ralentit dangereusement depuis quelques années et a besoin d’un second souffle.

  1. L’Atonie de l’investissement privé inquiète le HCP…
  2. La décélération forte de la demande de crédits des entreprises donne des insomnies à BAM et au GPBM…
  3. La hausse du chômage est continue…
  4. La hausse des créances en souffrance et l’allongement des délais de paiement sont des signes de l’aggravation des problèmes de trésorerie…
  5. Nul besoin de rappeler enfin l’augmentation des défaillances d’entreprises en 2015 et 2016 annoncées successivement par Euler-Hermes puis Inforisk…

Deux économistes de renom ont donc répondu présents et ont offert des analyses de haute facture, argumentées, détaillées et chiffrées.

Monsieur Jean Pierre Chauffour, économiste en chef de la Banque Mondiale (cela fera plaisir à Mélanie, j’ai un autographe pour elle) et Monsieur Larabi Jaidi, professeur universitaire et économiste de centre gauche ont tous deux livrés une analyse sans concession sur les limites du modèle de développement actuel.

L’économie marocaine possède des atouts considérables en termes de talents humains, de situation géographique, de positionnement africain… mais elle n’est pas assez compétitive, elle a connu une réelle désindustrialisation que ne compense pas assez le PAI, elle reste encore trop dépendante de l’agriculture et la demande intérieure ne peut rester le seul moteur de l’économie, n’en déplaise à mes jeunes et sympathiques amis et collègues…Mélanie et Talal.

Pour les deux économistes de renom, il convient d’accélérer le rythme des réformes (allègement de la bureaucratie, refonte de la fiscalité pour qu’elle soit moins dissuasive, plus grande flexibilité du dirham, accélérer la décentralisation, revitaliser la bourse, …), mais c’est aussi notre leitmotiv quotidien:

  • favoriser une vraie concurrence, saine et équitable
  • promouvoir la méritocratie contre l’esprit de rente
  • Améliorer la gouvernance, la coopération entre acteurs
  • Réorienter l’épargne et l’investissement privé et public vers la création de valeur et d’emploi
  • Lutter contre l’allongement des délais de paiement
  • développer et encourager la productivité et l’innovation et accompagner une transformation plus rapide des structures économiques.

À l’instar du modèle asiatique, l’éducation comme la formation doivent tant pour Monsieur Chauffour que Mr Jaidi être érigées plus clairement comme une cause nationale. Elles nécessitent l’engagement d’un vrai débat, collectif, sans détour, profond, en dépit des rigidités et des corporatismes.
Quelques divergences toutefois entre les deux économistes :

1/Mr Larabi Jaidi pense opportun de faire jouer les mesures de sauvegarde et de défense commerciale pour protéger les écosystèmes nationaux. À l’inverse Mr Chauffour insiste sur le lourd coût à payer pour l’ensemble de la filière et des secteurs induits par la protection tarifaire au profit de certains acteurs.

2/Mr Jaidi parle de marges de manœuvre budgétaires retrouvées du fait de la réforme de la caisse de compensation là ou Mr Chauffour parle d’un endettement public déjà important et limite-limite.

Les années 2016 et 2017 s’annoncent d’ores et déjà compliquées, gouverner c’est anticiper et agir avec courage et célérité… À défaut, les équilibres et la paix sociale risquent d’être très vite difficiles à tenir.


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