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Benkiran

De Benkirâle à Benkicrane


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Benkiran

Un confrère belge m’a récemment posé la question de savoir « pourquoi Saâdeddine El Othmani a-t-il réussi en 9 jours ce qu’Abdelilah Benkiran a échoué à faire en cinq mois ? ». La question se voulait profonde et porteuse de sens… En clair, si El Othmani a réussi et que Benkiran a échoué, c’est que « on » voulait que le premier parvienne à un résultat et que le second échoue dans sa mission ou s’échoue sur des compromissions.

Et bien non. Si El Othmani est aujourd’hui en voie de former son gouvernement, c’est qu’il a fait montre d’esprit conciliant, et que le psychiatre qu’il est a su lire les résultats de l’élection. Abdelilah Benkiran, lui, grisé par les effluves de sa première place, après trois élections consécutives, a vu une victoire là où il n’y avait qu’un avantage relatif. Nous l’avons dit, et nous le redisons, être premier à une élection au Maroc ne fait pas de vous forcément le vainqueur. Et être premier ne vous autorise pas à vouloir tout obtenir, sans pour autant accepter des concessions. Retour sur les premières semaines de cette longue saga gouvernementale…

Mi-octobre, l’USFP avait dit oui à Benkiran, en même temps que l’Istiqlal. Mais l’alors chef du gouvernement désigné voulait le beurre et l’avantage du leurre. En plus de l’atout numérique que lui procurait la Koutla, il souhaitait en plus l’expérience et l’expertise du RNI. « D’accord », lui dit alors le président du RNI, « mais nous avons nos conditions, et ces conditions est que nous ne voulons pas travailler avec l’Istiqlal ». Et immédiatement après cela, un déferlement d’articles, d’insultes, d’accusations contre Aziz Akhannouch… de vendu à voleur, de petit à parachuté, tous les noms d’oiseaux y sont passés, pour le simple fait d’avoir osé négocier la majorité et l’efficacité que Benkiran lui demandait pour son gouvernement.

Abdelilah Benkiran est un guerrier, un lutteur, un pugiliste. Et à ce titre, il est sanguin et revanchard, vindicatif et agressif. Il ne conçoit les relations avec des partenaires que dans le conflit. Il s’est ainsi fait recadrer plusieurs fois par le palais. Dans cette saga de la formation du gouvernement, il s’est laissé emporter et a tout perdu. Aujourd’hui le gouvernement, et sa présidence, demain, le parti avec toutes les conséquences.

Saâdeddine El Othmani, la force tranquille, est arrivé, sans que personne ne l’attende là où il est aujourd’hui, sauf lui. Il a tissé, patiemment, sa toile, agissant sur le Conseil national qu’il préside toujours pour encourager Benkiran dans sa voie sans issue. Le toréador El Othmani a su mener le taureau Benkiran dans le mur.

Une fois désigné, le bon docteur El Othmani a très vite fait les choses. Il est venu, il a vu, et il a convaincu. Pas Akhannouch et les siens de se désister de l’USFP, mais le PJD et ses militants d’accepter la même USFP. Le fiasco récent de Benkiran et les ambitions légitimes des cadres et gradés du PJD ont fait le reste, et le psychiatre est apparu, triomphant quoiqu’un peu gêné, pour sa sortie du samedi soir, avec ses six partenaires.

Et ainsi donc, pour avoir cru en lui après avoir cru en Dieu, pour ne pas avoir lu la fable de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf, pour avoir tellement verrouillé qu’il s’est trouvé enfermé, Abdelilah Benkiran a été sèchement révoqué, sans même avoir eu l’occasion ou la faveur de démissionner. Et, dans la foulée, il va très certainement perdre également le contrôle du parti, dès le prochain congrès qui fera d’El Othmani son héros. Et tout le monde est content.

Benkiran a eu ce qu’il voulait vraiment, sortir en grand et par le haut, transformant un Stalingrad en Anoual. El Othmani a obtenu ce qu’il convoitait, la présidence du gouvernement. Le Maroc a eu ce qu’il attendait, un gouvernement pour faire tourner la boutique. Les élites ont eu ce à quoi elles aspiraient, une royale lecture de l’article 47 de la Constitution. Merci, quand même, Ssi Abdelilah. Sincèrement. Vous avez pesté et tempêté durant 5 mois, vous pouvez aujourd’hui laisser votre monde vous fêter…Vous avez bien fait les choses, mais vous avez aussi fait votre temps.


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