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Burundi

Burundi : génocide ethnique à l’horizon ou embrasement régional?


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Hier, nous parlions des perspectives africaines de développement avec nos invités. Parlons aujourd’hui d’une région de l’Afrique, celle des Grands Lacs, qui n’est pas prête d’avoir des perspectives agréables.

Vous avez dû commencer à en entendre parler, le Burundi est sujet à pas mal de troubles, puisque ce petit pays gangrené par la corruption, le clientélisme, un président qui a fait changer la Constitution pour accéder à son 3ème mandat en 2015, serait le théâtre d’horreurs dont tout le monde a peur qu’elles ne déclenchent un massacre à la Radio Mille Collines de sinistre mémoire dans la région. Et, à l’aune de ce traumatisme historique terrible, puisque le Burundi est voisin du Rwanda et a également sa part de conflits ethniques entre Hutu et Tutsi, l’ONU découvre des charniers, les États-Unis accusent le Rwanda de vouloir déstabiliser la région et tout le monde y perd son latin, parce que, en vrai, la situation est plus complexe et finalement peut-être encore plus explosive que cela.

Revenons un peu en arrière pour bien comprendre les choses. Quand le président Pierre Nkurunziza arrive au pouvoir en 2005, c’est au terme d’une guerre civile sur fond ethnique entre Tusti et Hutu qui dure depuis 1993 et qui a fait 300 000 morts. Forcément, le parallèle est vite établi avec le Rwanda, son voisin qui connaît des troubles à la même époque et presque pour les mêmes raisons, même si le profil des deux pays est plus différent qu’on ne veut bien le croire. Quoi qu’il en soit, le président et son parti sont issus de la guerre et sont des héros populaires des Hutus. Le nom même du parti est révélateur de son rôle dans la guerre civile : Conseil national pour la défense de la démocratie – Forces de défense de la démocratie ou CNDD-FDD. 10 ans plus tard, force est de constater que le pays ne s’est pas relevé économiquement, il est gangrené par la corruption et il n’en a pas fallu beaucoup pour précipiter les choses quand en 2015, le président décide de changer la constitution pour obtenir le droit de se représenter.

Du coup, une espèce de coup d’état plus ou moins avorté en 48h a lieu en mai 2015, dont on ne parle pas énormément au niveau international, parce que concrètement, bah, ça a échoué, quoi. Le général Godefroid Niyombare, sous-estimait gravement le soutien dont le président sortant bénéficiait, à la fois dans son armée et sa population. Résultat, le voilà exilé au Rwanda. Et là, tout s’enchaîne : certes, le président est réélu haut la main sans réelle opposition en juillet (il n’a jamais tellement permis qu’il y en ait une, de toute façon) mais des milices commencent à émerger et le spectre des troubles ethniques plane. On parle de 400 morts, 200 000 réfugiés déplacés, de charniers découverts, bref. Apocalypse et pluie de grenouilles, quoi. Ou en tout cas, retour des discours sur les cafards.

Il faut dire que le Rwanda n’est pas du tout mécontent de la chose, d’ailleurs, les Etats-Unis l’accusent directement de vouloir provoquer des troubles au Burundi, car cela lui permettrait peut-être de récupérer le contrôle sur la région. Sauf que quelques détails clochent. Certes, le  CNDD-FDD, le parti au pouvoir est le parti du peuple Hutu contre les Tutsis, mais là, les opposants qui ont fomenté le coup d’état ne sont pas Tutsis, mais bel et bien Hutus, même si depuis, des opposants Tutsis issus du M23 ont commencé, eux aussi à poser problème. Et au Burundi, quels que soient les parallèles que l’on veut faire avec le Rwanda, la crise n’a jamais été seulement ethnique. D’ailleurs, dès la première année de son premier mandat, le président Nkurunziza invente un faux coup d’état pour justifier d’une purge à ne pas piquer des hannetons chez les Hutus même. Et aujourd’hui, il y a de fortes chances que ce soit plutôt la situation économique désastreuse du Burundi qui soit au cœur des problèmes du pays. Ben oui : économie pastorale dévastée plus démographie galopante = pas glop, quoi. Enfin, dernier point, je ne suis pas sûre que le Rwanda ait réellement les moyens de contrôler sa périphérie donc d’y fomenter des troubles de lui-même, même si sans doute, il est ravi d’en soutenir les fauteurs. Bref, sur la question du Burundi, j’aurais tendance à penser que la communauté internationale soutient le président actuel, comme elle l’a toujours fait, non pas parce qu’il est démocratique et garant du bon droit et de la bisounoursie, mais par peur de la contagion et d’une alternative pire.

Non, parce que la situation n’est pas brillante dans la région des grands lacs en général. L’instabilité est partout, de la République centrafricaine et le Soudan du Sud jusqu’au Sud-Kivu et aux rives du lac Tanganyika. La république centrafricaine ne se remet pas franchement d’une guerre civile dont la France, qui y est intervenue récemment, ne sait pas bien se dépatouiller. Le Soudan du Sud, est-il besoin de le rappeler ? N’est pas bien en forme, malgré l’accord de paix d’Addis-Abeba d’août 2015. La RDC, comment dire ? Quant au Rwanda et à l’Ouganda… Et le tout est d’autant plus terrible qu’on est là au cœur de l’Afrique qui multiplie les mandats de ses présidents, qui ne veulent pas lâcher le pouvoir. Pour le coup, dans la région, pas de transition, et tout le monde joue la partition du « moi ou le chaos ». Il n’y a, finalement, que le président Kabila qui ne maîtrise pas assez sa politique interne pour s’imposer de cette façon, quand bien même il en aurait bien envie. Sauf que là, la situation burundaise a de quoi apporter de l’eau à son moulin. Eh oui, en décembre dernier, l’armée congolaise a arrêté des combattants burundais, rwandais et congolais, tous anciens membres du M23 venus du Rwanda, au Kivu. Et là, pour le coup, ça constitue une menace suffisamment importante pour justifier un état d’urgence potentiel, qui serait fort utile pour museler l’opposition. Bref, on le voit, bien des pays sont hors d’état de contrôler les troubles, bien d’autres ont intérêt à les provoquer ou tout du moins, à les utiliser. Dès lors, on a toutes les raisons de craindre une escalade qui pourrait enflammer toute la région durablement, sans que les lectures un peu lointaine de la communauté internationale ne permettent d’y pallier.


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