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« Débrutaliser » le colonialisme ?


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Le site indien d’informations généralistes Scroll.in a publié le 21 septembre une longue lettre de Vijay Prashad, qui explique les raisons de sa démission du comité éditorial de la revue londonienne Third World Quarterly. Intitulé « Pourquoi certains intellectuels occidentaux tentent d’adoucir (“debrutalise”) le colonialisme », le papier dénonce une contribution, dans la dernière livraison, qui a en effet déclenché une tempête.

Dans celui-ci, « The case for colonialism« , Bruce Gilley prétend que la colonisation fut une bonne chose, si ce n’est une chance pour les colonisés. Le lectorat et le milieu universitaire en général n’ont pas manqué de dénoncer la « médiocrité » d’une tentative qui ne respecte même pas les règles académiques élémentaires et fait dire à ses références ce qu’elles n’ont jamais dit.

Au-delà de la question de savoir comment une telle chose a pu passer à travers les procédures de « revue par les pairs » et du comité de lecture — un débat de plus en plus fréquent chez les scientifiques —, Vijay Prashad souligne que cela participe d’une offensive généralisée. Et pas seulement universitaire : « Cet article est paru au temps de Donald Trump, dit-il, alors que les suprémacistes blancs sont de retour et que la démangeaison coloniale pointe à l’horizon. L’idée selon laquelle la gauche, le post-colonial et les marxistes ont dénigré “l’histoire blanche” est devenue un refrain constant des racistes » continue-t-il.

Non sans rappeler que la franche ouverture des hostilités a correspondu au moment de l’invasion de l’Irak par les États-Unis, en 2003. L’Écossais Niall Ferguson venait de publier un pavé dont on pourrait traduire le titre par : « L’empire, Comment la Grande-Bretagne a créé le monde moderne ». Il eut un tel succès, qu’en 2008, il a été nommé conseiller du candidat John McCain.

Bien évidemment, dans ce genre de littérature, sont commodément oubliés les millions de morts par les armes ou la famine organisée, la répétition générale, en Namibie, du génocide nazi, les spoliations en masse, l’asservissement, le travail forcé, les viols, etc. Prashad s’indigne de l’incroyable grossièreté de l’article : « “Peut-être les Belges devraient-ils revenir” au Congo, suggère [Gilley] — une déclaration qui ne tient pas compte des 10 millions de personnes, au moins, massacrées en une décennie sous le joug rapace du roi Léopold. »

Mais cette « nostalgie » raciste est plus ancienne. À Paris, Pascal Bruckner a publié son Sanglot de l’homme blanc, de la même veine, quoique plus prudent, en 1983. Qu’il ait, vingt après, écrit une autobiographie où il raconte que son père, certes détesté, était un Autrichien sympathisant du nazisme, n’est pas pour alléger le propos, me diront sans doute quelques lacaniens de mes amis.

En politique française, ces derniers temps, on a entendu des choses stupéfiantes. Comme le candidat Nicolas Sarkozy, en 2007, tonnant à la tribune que « Le rêve de Lyautey au Maroc… Il suffit d’unir nos forces et tout recommencera », ou son malheureux successeur, François Fillon, pour qui la colonisation n’était qu’ « un partage de cultures« . Sans parler de « l’État d’urgence normalisé » en marche pour rentrer dans la loi cet automne… Oui, ces tristes concepts opèrent en politique. Pas seulement en Irak, et pas seulement en Palestine, non plus.

L’Américain Viet Thanh Nguyen publie à Paris la traduction de son roman Le Sympathisant. Il était lassé des films hollywoodiens sur la guerre du Vietnam, tels Platoon, Full Metal Jacket et Apocalypse Now, où les Vietnamiens, à l’instar des « Indiens » des westerns, se contentent de faire décor, ne faisant que pousser des cris au moment de mourir. Il a donc écrit le roman, férocement sarcastique nous dit la critique, d’un agent secret du parti communiste vietnamien embauché comme « consultant en authenticité » sur le tournage d’un de ces films.

Lorsque Nguyen a gagné le prix Pulitzer 2016 pour son ouvrage, il a aussi reçu des messages de haine et des menaces. Il se souvient « d’un lecteur, très éduqué, un dentiste, pro-Trump, qui [lui] a reproché de ne pas être assez reconnaissant envers l’Amérique. » Le romancier annonce à L’Obs qu’il prépare une suite, qui se passera en France, et s’étonne : « Vous en France, vous faites des films d’amour. Indochine, L’Amant. Que des histoires romantiques, avec des rizières en décor. Chez vous, la guerre d’Indochine, aujourd’hui, elle a le visage de Catherine Deneuve, la star ultime, qui représente la France, comme une espèce de madone sacrificielle. »

Après avoir provoqué un scandale, en 1979, avec sa version reggae de La Marseillaise, Serge Gainsbourg, à Strasbourg, l’interpréta a cappella et poing levé, mettant au garde-à-vous les parachutistes venus en découdre avec lui. Il s’en fit des compagnons de soirées (très) arrosées, et en 1981, les a chantés sur son album suivant, Mauvaises nouvelles des étoiles, toujours avec les meilleurs Jamaïcains du moment : La Nostalgie, camarade…

 


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