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Constitution, institutions, et autres négociations


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Au commencement, était le Verbe… et par la suite il y a eu le langage, puis le bavardage, et ensuite la négociation. L’Homme est naturellement porté à avoir, à s’accaparer plus qu’il ne peut, voire plus qu’il ne doit. Et de ce fait, il est continuellement appelé à négocier. Mais la négociation est un art.

Dans une négociation, il est rare que les deux interlocuteurs soient sur un pied d’égalité. Il y a toujours celui qui affiche une position de force, et celui en situation de faiblesse. Tout l’art de la négociation consiste pour le premier à ne pas abuser de son avantage, et pour le second à atténuer sa faiblesse.

Et c’est bien tout le problème qui se pose aux deux protagonistes que sont Abdelilah Benkirane et Aziz Akhannouch. Sauf que pour eux les choses se compliquent car s’ils sont plusieurs milliers de politiques, on ne voit qu’eux deux… Et chacun d’eux est, simultanément, en position de force et de faiblesse.

Abdelilah Benkirane est le chef du parti arrivé en tête des élections, en plus d’être celui que le roi a désigné pour former le gouvernement… mais il n’a pas de majorité. Aziz Akhannouch, président du RNI, est tout nouveau à ce niveau de négociation, et il parle au nom de plusieurs partis, désirés ou indésirables. Mais il n’a pas de visibilité.

En droit des affaires, le législateur a inventé deux notions fort intéressantes, qui s’appliquent admirablement à notre scène politique. Celle de l’abus de majorité et celle, aussi, de l’abus de minorité de blocage.

Dans notre histoire, il est évident qu’Abdelilah Benkirane fait montre d’un affligeant abus de majorité. Son parti a certes remporté l’élection législative, il a obtenu un peu plus que le quart des voix exprimées, mais le quart n’est pas la moitié +1, d’où la nécessité pour lui de négocier et de sacrifier un peu de ses prérogatives et de sa fierté aussi. Or, il crie depuis trois mois au putsch contre la démocratie, au dévoiement de la volonté populaire, et il fulmine contre ce qu’il considère comme le peu de respect que l’on témoigne à sa fonction de chef de gouvernement, prenant le bon peuple à témoin… C’est ce qu’on peut appeler l’abus de majorité.

Et le « on », ici, est Akhannouch.  Lui, son parti n’a pu s’assurer que de 37 députés, et même avec son allié l’UC, il n’est qu’à 56. Le MP l’a rejoint, et à eux trois, ils n’alignent que 83 élus à la Chambre des représentants. Loin du PJD qui, à lui seul, dispose de 125 députés. Mais Akhannouch a réussi à bloquer la formation d’un gouvernement, en bloquant autant qu’il peut et comme il peut. C’est cela, la minorité de blocage, mais à ce niveau, c’est un abus navrant de cette minorité de blocage…

Les deux hommes doivent donc négocier. Or, négocier implique de se parler et pour se parler, il faut savoir s’écouter et entamer un dialogue, qui ne serait pas celui de sourd. Mais il se trouve que chacun des deux protagonistes est sourd aux arguments de l’autre. Benkirane ne supporte pas qu’on lui impose des choses, car il est le chef, et Akhannouch, habitué à être un chef, sait que son interlocuteur n’est qu’un chef nominal, qui doit négocier.

À partir de là, l’attitude hautaine quoique légitime de Benkirane et l’impertinence des arguments pourtant pertinents d’Akhannouch ont conduit le Maroc entier dans une situation tragicomique. Un pays apaisé, avec un système monarchique légitime, ayant organisé des élections reconnues, qui a déployé une vaste offensive à l’international, ne parvient tout simplement pas à former un gouvernement.

Pour ce faire, Akhannouch a son mot à dire, mais Benkirane veut avoir le dernier mot. Et de là sont nés tous les maux… Nous sommes plus de 35 millions, mais on ne voit qu’eux deux… d’où la nécessité de déclencher l’article 42, et de voir le chef de l’Etat jouer le rôle de facilitateur, au besoin sermonneur, dans l’objectif que, enfin, ces négociations soient désormais conduites avec honneur, et beaucoup de bonheur.


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