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Libéralisation du Dirham : un combat d’arrière-garde


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Le Maroc se prépare à rejoindre le grand marché du spectacle mondial des signes monétaires, ce Mont Olympe du fétichisme absolu de la marchandise où les petites divinités en cols blancs, communient, tous les jours, dans des orgies spéculatives sans fin, et dont la facture exorbitante est souvent présentée aux peuples. Aux peuples, à qui l’on demande de faire docilement preuve d’austérité, en acceptant de sacrifier leurs acquis sociaux sur l’autel du Dieu « Monnaie » et au nom des sacrosaints équilibres macroéconomiques, comme l’ont amèrement appris les grecs, les portugais et autres mauvais élèves de l’Union Européenne, ou plutôt de l’Union marchande des capitaux Européens.

Car comme on a désormais l’habitude de l’entendre dans les grands médias du « Capital », il faut « sauver » la monnaie, il faut la « soutenir », il faut « rassurer » et « calmer » les « Marchés financiers», car il ne faut surtout pas attiser leur divine colère. Cet anthropomorphisme économique, ne fait en réalité que traduire sur le terrain du symbole, la structuration d’un nouvel imaginaire, où la fétichisation de la marchandise et de l’économie, doit donner naissance à une nouvelle religion, celle du Capital, phase « acméique » de l’hégémonie réelle de la logique marchande intégrale.

Naturellement, les oracles et porte-paroles du grand Capital comme Fitch Rating et d’autres agences  adoubent en se disant optimistes et rassurés, rassurés de voir enfin le Maroc rejoindre progressivement le club des pays sans souveraineté monétaire. Ainsi, la monnaie que les économistes de tout bord nous présente comme un étalon de mesure et un intermédiaire de l’échange marchand, devient à son tour une « marchandise » sur laquelle, tout un chacun pourra librement spéculer, et qu’il faudra en cas de dépréciation soutenir et sauver.

Cette Réification de la monnaie traduit sur un plan dialectique, l’extension permanente et hégémonique de la logique marchande à toutes les sphères de l’Homme, et il ne pouvait pas en être autrement de l’instrument même de l’aliénation capitaliste, c’est-à-dire la monnaie. Mais si l’on met de coté l’aspect technique cher aux sophistes et autres pharisiens du temple de la marchandise, et qui me semble être un combat d’arrière-garde, la question cruciale de la souveraineté monétaire semble totalement absente du débat public.

Car dans une perspective « Schmidtienne » du concept de « souveraineté », qui sera « souverain » monétairement parlant dans ce nouveau régime de change libéralisé ? Qui décidera de la valeur de nos portefeuilles, de la « valeur marchande » de notre travail réel et de notre dur labeur face aux produits étrangers ? Mais la question cruciale demeure « qui a réellement décidé de ce changement de cap majeur » ?

  • Est-ce notre gouvernement castré de sa puissance monétaire et budgétaire par les « Gauleiters » du grand Capital mondialisé que sont le FMI et la BM ?
  • Est-ce notre Banque Centrale, intégralement alignée et aliénée par la doxa libérale du FMI ?
  • Le FMI peut-être qui depuis des décennies nous pousse vers plus de libéralisme ?

Poser comme ça dans une perspective anhistorique et non dialectique d’autonomisation du problème, la question semble nettement exiger un bouc émissaire sans pour autant apporter un élément de compréhension. Car derrière tous ces choix techniques, toutes ces politiques, et tout ce vocabulaire, c’est l’immanence du mouvement dialectique de la marchandise qui se déploie de plus en plus au niveau mondial, et qui fait que la logique marchande immanente, crée la classe dominante dans chaque pays et crée les relais mondiaux de diffusion et de coercition comme le FMI et la BM,  et structure par sa dialectique aliénatoire le discours des dominants et des dominés.

C’est en cela que lutter contre la libéralisation du taux de change au Maroc, même menée dans un contexte de profonde crise sociale et politique et de profondes inégalités économiques, représente un combat d’arrière-garde et vraisemblablement une perte de temps. Peut-être doit-on toucher le fond en allant jusqu’au bout de ce mouvement dialectique historique de la logique marchande, pour enfin espérer remonter dans une dynamique de désaliénation du peuple marocain et d’éveil radical, face à la tyrannie de la modernité capitaliste et marchande.


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